07.2.2004

Famille et démocratie

[ télé en série ]


Hello,

de retour...
beaucoup de travail ces derniers temps ce qui explique mon absence;

mon temps libre en ce moment, je le consacre à étudier des séries télé, toutes américaines, que je regarde sur les chaînes du cable ou en dvd.

En France, ces séries ont la côte (Friends, Sex and the City, 24, The Shield, Six Feet Under, Alias, The Sopranos, Oz, le récent Curb Your Enthousiasm etc.), autant auprès des médias que du public; une sorte de nouvelle cinéphilie autour des séries semble se constituer qui est autant le fait de cinéphiles classiques que de spectateurs d'un nouveau genre, souvent très américanisé et peu intéressé par le cinéma d'auteur mais parfaitement au fait de l'effervescence culturelle de la télévision américaine.

Cet été les Cahiers du Cinéma consacraient leur "une" aux séries télé américaines. J'avais moi-même écris un texte sur 24 que j'aime beaucoup, qui me semble au confluent du cinéma et de la télévision pour cette manière d'être à la fois dans le fantasme absolu de la télévision qui est le direct (et dont "Loft Story" et autres "Big Brother" sans même parler des chaînes d'information en continu, sont les exemples les plus incandescents) et la logique temporelle du cinéma (boucler une intrigue en un temps défini à l'avance : ici ce n'est pas 2 ou 3 heures mais 24).

Entre temps j'ai rattrapé mon retard et ai vu l'intégral de la première saison de Alias, une série d'espionnage très tonique et ludique dont l'héroïne est une séduisante jeune femme. Comme dans 24, ce qui frappe d'emblée est cette convergence absolue entre les événements internationaux et l'histoire familiale. Cela a toujours été une constante du cinéma américain de mêler grande et petite histoire: il suffit de songer à Naissance d'une Nation de Griffith. Mais il y a une différence de taille aujourd'hui. La famille n'est plus seulement prise malgré elle dans les tourments de l'Histoire, elle fait partie intégrante de l'HIstoire et de la politique internationale, elle EST la politique internationale.

Fille, père, mère, amis sont des espions, réels ou potentiels et plus seulement des victimes d'actes qui les dépassent, des Etats ou des terroristes. Il y a une sorte d'idéal ici, qui est véritablement un idéal démocratique, en ce sens que tous les membres de la famille participent à la marche du monde, en tenant compte du fait que cette famille là symbolise toutes les familles. Chacun a son rôle à jouer dans la grande carte politique du monde. C'était déjà le cas de 24 où le peuple tout entier, chaque citoyen - serveuse de snack, prostitué, membre du staff présidentiel - pouvait à un moment donné ou à un autre intervenir dans le déroulement d'une action importante. C'est un principe où tout le monde peut être actif, à plus ou moins grande échelle, avec plus ou moins de charisme, sur la carte du jeu-de-rôle grandeur nature de la politique internationale.

Rien à voir avec les tristes séries françaises dont le défaut est d'être systématiquement du côté de la loi et de l'institution (juridique, policière), et où les citoyens lambda sont soit des victimes passives, soit des crapules patentées. Il n'y a qu'aux Etats-Unis qu'une série comme Oz, sur le monde de la prison, a le courage de regarder du côté des prisonniers, ou du côté de la mafia pour Les Sopranos. Et dire qu'en général le cliché veut que les Etats-Unis soient une nation manichéenne! Dans les séries françaises les citoyens sont vraiment des "assistés" et l'institution se montre extrêmement paternaliste avec eux.

Dans Alias et 24 les personnalités sont réversibles à l'infini, avec souvent une ambiguité de qui est du côté du bien ou du mal, une façon d'être en porte-à-faux (agent double). La famille américaine type n'est plus celle de la série Dallas (voir à ce sujet Les Cahiers du Cinéma, numéro Eté 2003) qui fourbit tout un tas de complots; elle est une famille qui joue (à un jeu), se maquille, se travesti sans cesse. L'espionnage est son cadre naturel. C'est là qu'elle peut s'épanouir. Peu importe alors que la série soit réaliste ou pas (elle ne l'est pas). Ce qui est passionnant est que cette série a trouvé un terrain idéal aux déchaînements de complexes freudiens qui l'animent et la minent.

Ce qui est tragique est que, sorti du cadre des afficionados, lorsqu'on évoque cette série on passe pour un crétin décérébré, on vous rétorque qu'il manque à ces séries une véritable recherche de mise-en-scène comme le cinéma sait en donner. C'est je crois une fausse question. La problématique des séries n'est définitvement pas la mise-en-scène mais davantage le récit et le dispositif (comme on parle de dispositifs dans l'art contemporain). D'ailleurs existe t'il des "scènes" dans toutes ces séries où simplement un "flux" ininterrompu? Je crois qu'il faut vraiment repense la notion de scène avec ces séries, qui n'a plus rien à voir avec ce qu'elle est au cinéma...

on y revient...

ciao, @+

Jean-Sébastien

par jean-sebastien à 00:44 | Commentaires(4) | Lien permanent