there's something about Kylie | [ video clip ] |


Hier, en zappant (curieux comme ce terme semble déjà suranné...) je suis tombé sur MTV qui diffusait un Top des soeurs Minogue. Si la soeurette n'a pas à pâlir devant son aînée (sans pour autant l'égaler), c'est pour l'instant Kylie qui retient mon attention (elle aussi, comme le terme "zapping", est une rescapée des années 80, mais elle s'est nettement mieux adaptée aux années 2000). Elle retient mon attention disais-je, au moins pour ses clips, parmi les plus réussis que la chaîne nous donne à voir en ce moment. Kylie, mélange de manière aguicheuses et d'ingénuité sincère y est une petite chose à l'érotisme jovial, une poupée, un objet de désir souriant et pas bégueule mais curieusement personne ne semble s'intéresser à elle, sinon le spectateur lui-même.
Entourée de danseurs attifés comme des marionnettes fardées, coincée dans les cubes multicolores du sexe par téléphone ou esseulée au milieu d'un parterre de sublimes nageurs : rien n'y fait Kylie semble toujours un peu désolidarisée de la communauté des hommes. Même lorsque ceux-ci la regardent, dansante et lascive, au milieu d'un embouteillage autoroutier, ils se contentent de l'observer depuis l'habitacle de leur voiture. Dans l'univers de Kylie les hommes ne sont définitvement pas drageurs.
Sans doute plus qu'une autre, Kylie incarne cet érotisme de voyeurs distants, à mille lieues d'une Madonna et sa subversion érotico-sexuelle. Cette dernière adore s'amuser à toutes sortes de jeux, joue de la frontière avec le porno chic, organise une course poursuite troublante avec Britney Spears...bref embrasse, court, caresse et se caresse, laisse exulter son corps au delà des limites de la représentation.
Rien de tel chez Kylie. Slow, dans lequel la chanteuse est cernée par les nageurs est éloquent sur ce sujet. D'abord elle ne dévoilera jamais rien de son anatomie, du moins dans les limites ambiguës qu'elle a fixée avec le spectateur. Les garçons eux semblent à deux doigts d'enlever leur slip de bain (certains arrêts sur image en attestent). D'ailleurs ce lieu a plutôt l'air d'un paradis pour gays. Et peut-être même que le clip s'adresse plus aux gays qu'aux hétéros.
Kylie en tout cas ne s'en plaint pas. Univers aseptisé de villes métalliques, cubes où elle s'ébroue littéralement en de multiples call-girl : rien n'incite Kylie à briser les chaînes de son harmonieux dispositif d'inaccessibilité. Madonna est la fille de toutes les transformations, la polymorphe (voir son clip Hollywood et, plus généralement l'ensemble de sa carrière), Kylie se contente de transformer gentiment son image sans trop la bousculer. Madonna l'anarchiste, Kylie la bourgeoise? Elle est au diapason en tout cas, de cette époque mi hot, mi cold, mi progressiste mi réactionnaire. Kylie pourrait finalement bien être la poupée du consensus...
:-) JS
ps : Busby Berkeley, Esther Williams, oui Olivier, oui Sandrine...



