31.1.2005

incident métropolitain (3)

[ le temps passé ]
incident métropolitain (3)
Aujourd'hui, peu avant 20h00, ligne 11. Comme à mon habitude, j'observe les gens qui peuplent le métro l'espace de quelques stations : qui de sa lecture, qui de ses rêveries, qui de sa fatigue. Assises juste derrière moi, trois filles pépient joyeusement sans se soucier le moins du monde qu'on puisse entendre leur bruyante conversation. En face, debout, une jeune femme dont j'essaie de photographier les mains. Un peu plus loin un trentenaire bien calé sur son strapontin me fixe de temps en temps avant de s'absorber dans ses documents de travail. Ces petits mondes quotidiens sont brusquement interrompus lorsque, d'un coup, la rame s'immobilise. Les lumières elles aussi faiblissent, ne laissant subsister que quelques loupiotes de secours qui plongent l'assemblée dans une demi obscurité vaguement érotique. Coupure de courant, nous renseigne la conductrice. Le temps se suspend. Disparue la lumière d'aquarium, disparu l'assourdissant roulis, tout semble plongé dans une ambiance de secret bien compris. L'attente dure, assez pour qu'on sente un léger mouvement d'impatience s'élever dans l'habitacle étouffant du wagon. Quand soudain la sentence tombe : incident grave de voyageur, il va falloir évacuer. Une rumeur rieuse s'installe, des gens s'amusent, d'autres s'inquiètent de la présence des souris sur les rails. Partage d'une connivence gamine, récréation enfantine : personne au fond ne prend conscience que cet amusement passager, on le doit à quelqu'un qui, poussé par le désespoir, vient de se jeter sur les rails. Les gens descendent peu à peu, au moyen d'une petite échelle astuciueusement placée sur le bord du marchepied. Certains appellent leurs proches depuis un téléphone portable. Les trois filles ont remarqué que je prends des photos. L'une d'elle me demande si je suis photographe. "Amateur", je réponds. Mais une autre ne semble pas comprendre et me fait répéter deux fois. Sa copine lui crie ce que je viens de dire. La fille s'esclaffe. Elle avait entendu "mateur", ce qui me fait bien rire. Finalement je les photographie. Puis je descends, longeant les rails dans la pénombre. Au dessus de moi des quidams sont encore installés dans la rame, attendant que le flot, là, juste en bas, s'amenuise. Curieux de voir combien, une fois rejoint l'univers familier de la station Arts et Métiers, la magie de ce moment fugace, instantanément, s'évapore.

Retrouvées, les habitudes des transports en commun.

Chacun rentre chez soi.



dernière minute : j'apprends que, contrairement à ce que nous avions tous cru, il ne s'agit pas d'un suicide mais d'un homme de 29 ans qui a été poussé sur la voie par un déséquilibré mental. Atroce.

par jean-sebastien à 21:57 | Commentaires(10) | Lien permanent

incident métropolitain (2)

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par jean-sebastien à 21:55 | Commentaires(0) | Lien permanent

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par jean-sebastien à 21:53 | Commentaires(2) | Lien permanent

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par jean-sebastien à 00:16 | Commentaires(2) | Lien permanent

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par jean-sebastien à 17:52 | Commentaires(2) | Lien permanent

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par jean-sebastien à 10:57 | Commentaires(3) | Lien permanent
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