Visionnant
Les Sopranos, je repense à cette
discussion avec oj. S'il y a expression d'une idéologie ici, elle n'est jamais du côté du pouvoir, du côté de la loi, à la différence des séries télé françaises, policières, qui sont toujours l'expression de l'idéologie du pouvoir. Des séries comme
New York 911 ou
The Shield, des séries policières donc, sont moins du côté de la loi que du travail (comment ça marche au quotidien) et de la morale (qu'on interroge, y compris dans ses aspects les plus retors et ambigus). En ce sens, en effet, il n'y a peut-être pas expression d'une idéologie, c'est à dire que l'idéologie (s'il y a) vient d'elle même, comme une conséquence de ce point de vue pragmatique sur la chose montrée. D'une certaine façon, dans ces séries américaines le pouvoir n'existe pas, il est une partie d'un tout, pas un aboutissement. Il est un des éléments de la discussion, de l'espace de débat que représente le cadre de la série.
Est-ce un hasard d'ailleurs si ces séries n'ont pas de fin, je veux dire que le monde s'y écoule continuement, alors qu'un épisode de
Navarro ou
Julie Lescaut se clôt toujours sur la victoire du pouvoir (dans
Columbo aussi chaque épisode se terminait par une victoire, mais vous trouvez vraiment que c'est une figure du pouvoir Columbo?). La victoire, dans
The Shield ou
NY 911 signifierait d'ailleurs la fin de la série (car que raconter ensuite?). Peut-être aussi que les mythologies françaises modernes, à la différence des Etats-Unis (exemple : la mafia concernant
Les Sopranos), sont des mythologies du pouvoir (Mitterand, dont Guédiguian a fait un film), et plus jamais des mythologies populaires, des mythologies constituées par les gens du peuple, les citoyens (car oui, les membres de la famille Soprano sont des citoyens, la série est très claire là dessus). Exception faite sans doute de la téléréalité (Loft, Colocataires, Nouvelles Star, Star Ac etc.), en particulier sur M6 qui a fait de la mythologie juvénile son fond de commerce (voir l'étonnant
Ma Terminale, malheureusement passé un peu inaperçu il me semble).