La feuille blanche, une affiche retournée qui s'était vraisemblablement décollée d'une vitrine, gisait sur le trottoir. J'ai tout de suite été saisi par cette blancheur immaculée, trouée de lumière qui semblait flotter au dessus du sol terne et poussiéreux. Son immobilité même était éclatante, tandis qu'autour d'elle tout s'agitait. A la fois terriblement solitaire et majestueuse, elle refusait obstinément de se salir alors qu'on la piétinait sans vergogne. C'était un vide au milieu du plein, un silence dans le bruit, un espace raréfié et abstrait dans la vie elle même. Quelque chose de reposant émanait d'elle, une sorte d'état zen, comme si elle méditait loin du tumulte urbain qui l'entourait. Qu'y avait-il sur l'affiche? Je n'ai pas voulu percer ce mystère. D'elle même elle s'était retirée du monde, il n'y avait aucune raison de l'arracher à sa plénitude.