10.2.2005

in memoriam

[ cinéma ]



Humbert Balsan est mort. Je viens d'apprendre qu'il s'est suicidé ce matin même dans son bureau. Il avait à peine 50 ans. Tragique nouvelle car elle voit la disparition d'un des producteurs français les plus audacieux, l'un des derniers à fonctionner à l'ancienne, c'est à dire avec la cinéphilie chevillée au corps, pas un de ces vendeurs de patates formés dans les écoles de commerce qui pullulent aujourd'hui dans le cinéma. Il aura accompagné et/ou découvert des gens comme Sandrine Veysset (Y aura t'il de la neige à noêl? ainsi que ses films suivants), Philippe Faucon (L'Amour, Muriel fait le désespoir de ses parents, Samia), Jean-Louis Trintignant (Le Maître nageur), René Allio (Transit), Niko Papatakis (Les Equilibristes), Elia Suleiman (Intervention Divine), Hervé Le Roux (Grand Bonheur), James Ivory (Quartet et quelques autres) Yousry Nasrallah (Mercedes, La Ville, La Porte du soleil). Il produisait récemment Claire Denis (L'intrus) et Béla Tarr (The Man from London). Il fut surtout le producteur attitré de Youssef Chahine côté français, depuis Adieu Bonaparte jusqu'au récent Alexandrie New York en passant par Silence on tourne, Alexandrie pourquoi? ou encore Le Destin. On a peine à imaginer que celui qui commença comme acteur dans Lancelot du Lac de Bresson (dont il fut également l'assistant sur Le Diable probablement), dont la carrure et le sourire donnait le sentiment qu'il lutterait toute sa vie contre vents et marées, ait ainsi mis fin à ses jours. Nul doute que cette disparition va jeter un froid dans le cinéma français, peut-être même un pavé dans la mare tant la situation pour les producteurs indépendants s'est dégradée ces dernières années, notamment sous les coups de boutoir du gouvernement et du Medef (même si, ironie, Balsan était parent du Baron Ernest Antoine Sellières). L'esprit humain est ainsi fait qu'on ne pourra s'empêcher d'y voir un symbole. Le suicide de Karen Bach, la fulgurante pépite de Baise Moi, la mort de Jacques Villeret (dont les nanars franchouillards et nauséabonds dans lesquels il tournait ne doivent pas faire oublier le comédien génial du Passe Montagne de Stévenin), et maintenant le suicide d'Humbert Balsan, sinistre série de deuils dans le cinéma français.

par jean-sebastien à 17:32 | Commentaires(11) | Lien permanent

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[ le temps passé ]
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par jean-sebastien à 10:05 | Commentaires(0) | Lien permanent