10.6.2005

avec tout ça, elle avait...

[ cinéma ]
avec tout ça, elle avait...
Avec tout ça elle avait oublié d'éteindre la lumière. C'était chose faite. Une bonne âme s'en était chargée. Elle rêvait d'étrange créatures de passage dans un hôtel...

par jean-sebastien à 19:38 | Commentaires(0) | Lien permanent

au seuil du sommeil, elle...

[ cinéma ]
au seuil du sommeil, elle...
Au seuil du sommeil, elle se souvient de ce film assez extra ordinaire qu'elle a découvert il y a quelques temps, Faubourg Saint Martin de Jean-Claude Guiguet. Ce n'est pas un film "en chanté" comme on le dit des films de Jacques Demy, mais un film-chanson, inscrit dans la veine réaliste de la chanson française plutôt que dans la veine réaliste du cinéma français. Entre le réalisme au cinéma et le réalisme en chanson, il y a une différence de taille, lance-t-elle comme une hypothèse, à deux doigts de sombrer corps et âme.

Chanson française, parce qu'il lui semble d'abord qu'il y a quelque chose de très français dans la manière du film, le travail sur les corps, la langue, les lieux. D'ailleurs le film ne porte-t-il pas le nom d'un lieu, comme pour mieux souligner l'inscription dans un territoire précis et identifiable. Le film est même, à sa façon, très "titi parisien", daté au sens noble du terme, datable par son attention porté aux détails de l'époque. Datable, territorialisé, mais pas au sens d'une sociologie de classe (selon un schema éprouvé : aux riches, les histoires d'amour, le rapport au monde moderne, le couple ; aux pauvres, la pauvreté, le travail). Ici, qu'on soit pauvre ou riche, galérienne ou dame patronesse, on est noble, sans distinction de classe.

Chanson française aussi, parce que la concision d'une chanson, oblige cette même chanson à travailler sur de grands invariants plutôt que sur la psychologie (même si on trouve de la psychologie dans une chanson, mais alors au sens premier, comme "connaissance de l'âme humaine", comme "métaphysique"). Dans une chanson, les personnages éprouvent, il lui semble, des sentiments bruts, incandescents, purs. Exactement comme dans Faubourg Saint Martin. Ce qui n'empêche pas, néanmoins, une certaine subtilité, mais c'est une subtilité qui fait fi des grandes démonstrations psychologiques pour se concentrer sur quelques points essentiels. Il y a un lien avec la tragédie, avec une sorte de logique infernale, oui, une manière qui tient moins de la psychologie que de la tragédie. Faubourg Saint Martin n'est pas si loin du mélodrame finalement, avec son romantisme cru et populaire.

J'aime ce film, pense-t-elle dans un sursaut de vitalité, parce qu'il n'est pas dans la lourde psychologie théâtreuse et/ou littéraire qui est le lot commun de nombreux films français. Comme Rois et Reine par exemple, qui plait sans doute parce qu'il est dans cette tradition théâtreuse, alors qu'au fond il fait du mauvais Sautet (Sautet, est bien plus intéressant, plus juste, plus datable).

Chanson enfin, car le film est circonscrit à quelques lieux, cet hôtel improbable surtout qui concentre le monde en son sein, qui est un personnage, une psychologie à lui tout seul. La chanson, outre la concision de son propos, c'est peut-être aussi la concision d'un espace, d'une situation, loin du délayage psychologisant qui va souvent de paire avec un délayage des lieux parcourus (ce dernier point est un trait de la bourgeoisie se dit-elle).

Maintenant, c'est trop, elle ne tient plus, elle va s'endormir. La voix de Françoise Fabian lui parvient in extremis, Françoise Fabian qui chante dans la scène du mariage avant que le drame, irrésistiblement, se noue. Quelques notes qui s'évanouissent alors que le sommeil a momentanément pris le contrôle de son être.

par jean-sebastien à 12:01 | Commentaires(12) | Lien permanent