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you and me (conversation par mail avec un blogeur) | [ cinéma ] |
Pour Pialat, par rapport à Ford,
chez Ford, le peuple existe, il est en marche, Les raisins de la colère, etc... chez Pialat, ils votent RPR, il ne sont pas concernés par le monde, je ne sais comment dire, il n'y a qu'eux, ils ne sont pas exemplaire, ce sont d'abord des égoïsmes, ce sont toujours les plus petits communs dénominateurs qui les dirigent,
me
vous avez raison, chez Pialat ce n'est pas le peuple en marche, il n'y a pas d'exemplarité en effet, mais c'est le peuple tout de même, passé à la moulinette de la modernité...
Pialat travaille sur une certaine banalité qui n'a pas valeur d'exemple, qui ne veut rien dire, n'exprime rien de particulier (sinon, comme dit l'autre, une "absence de sens")...pour moi c'est la disparition du religieux et/ou des grandes idéologies comme le communisme…
dans le cinéma américain, il y a toujours eu une idée très "cosmogonique" du monde, leur cinéma, en tout cas l'ensemble du cinéma hollywoodien est un cinéma "religieux", même quand il ne l'est pas vraiment, justement parce qu’il y a chez eux une sorte d'organisation logique du monde qui fait que chaque élément est relié "logiquement" à un autre, la petite particule au grand tout, il y a vraiment un ordre du monde...
d'où peut-être en effet la disparition du "peuple en marche", qu'on retrouve parfois dans le cinéma français sous l'influence de l'idéologie communiste (chez Renoir par exemple)...Pialat il me semble que c'est un cinéma a-politique et a-religieux, et comme la religion et les idéologies politiques sont les seules "totalités", peut-être est-ce normal qu'il n'y ait alors pas de "peuple en marche", parce qu'il n'y a plus de totalité mais des individus atomisés, seuls, en couple ou en famille (au mieux), et encore la famille et couple sont plus que problématique, ils sont définitivement non réconciliés...
enfin, ce ne sont que des hypothèses…
you
Justement, je pense pas que ce soit le peuple, ou alors le peuple sarko-rafarinien, mais pas le "Volk", chez Pialat c'est un peuple sans histoire, un peuple action française, maurassien, il y a pas de trajectoire chez lui, c'est un peuple de préjugés, (son pendant actuel à Pialat, c'est Depardon), je pense pas que l'on puisse parler de modernité chez Pialat, disons que ça m'embête de mettre ce mot pour lui...
me
disons alors que ce n'est pas le peuple, mais "les gens", c'est plutôt ça, "les gens", au sens intimiste du terme, ce n'est effectivement pas une "construction" (le peuple comme construction) mais ce serait "les gens" sur le mode impressionniste…
Pialat, plus que de la modernité, en fait, vient de la peinture (impressionniste), cette idée qu'on décrit les choses dans ce qu'elles ont "d'insignifiant" (au sens où elles ne signifient rien d'autre qu'elles même)...et puis de la peinture tout court au sens ou une peinture est l'expression d'un instant, n'est pas dans le mouvement...
vous avez raison, "modernité" c'est peut-être pas ce qui le caractérise (en tout cas c'est vrai que sa référence à lui c'est sûrement pas la Nouvelle Vague)
et puis quand même je vous trouve un peu dur de parler de sarko-raffarinisme, l'héroïne de A nos amours ou Loulou dans le film éponyme, ce sont plutôt des rebelles quand même, on ne peut leur assigner aucune couleur politique, aucun idéologie, ils ne marchent que pour eux, en ce sens oui le cinéma de Pialat n'est pas du tout politique (pas de peuple donc) mais un cinéma qui montre des individus (cinéma individualiste alors?)
le côté UDF/RPR/UMP, c'est plutôt Claude Sautet, avec son côté cinéaste pompidolien, parce que lui, son sujet, c'est la bourgeoisie, mais vue d'un point de vue sentimental et pas critique ou politique comme chez Chabrol...
Tandis que chez Pialat, la question des classes n'existe pas il me semble, ce n'est vraiment pas son sujet...
you
le truc sur la peinture avec Pialat, j'y crois pas du tout, mauvais peintre, peintre du dimanche, cela dit j'aime beaucoup certains de ses films,Nous ne vieillirons pas ensemble, Passe ton bac d'abord, et deux ou trois autres, vous parlez de filmer l'insignifiance, mais lui justement est dans le signifiant absolu, mais le signifiant de la France "d'en bas", raffarinienne, ou à la Jean-Pierre Pernault, c'est cette France là qu'il décrit, et il nous la décrit comme la seule, c'est pour ça qu'il ne pouvait aimer Rivette, parce que chez lui il y a une sorte de trajectoire, presque de transcendance, chez Pialat on compte ses sous, même Bonnaire c'était ça, elle comptait ses sous,
(puis, plus tard)
par rapport à Pialat, je me disais, (pendant mon footing), que la finalité de ses personnages est d'être assis devant la télé, Bonnaire, la suite c'est la télé, ceux de "Passe ton bac", les gosses, l'obésité et tf1, c'est inscrit dans le film, c'est cinématographique, le film les enferme, leur assigne une place, un devenir, et de toute éternité , pourrait-on dire, pour Pialat, c'est la france éternelle, celle raffarinnienne, chez Téchiné, Bonnaire, la suite, on l'envisage plutôt du côté de Franssou Prenant pour Les innocents, pour J'embrasse pas, plutôt chez Patricia Mazuy, je veux dire, chez Téchiné, ça ne s'arrête pas…
(à suivre… ?)
(ajout : entretien qu'un lecteur m'a envoyé au sujet de Pialat - en anglais - ici)
25.7.2005
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