02.9.2005

qui me dira la catastrophe?

[ cinéma ]
A la lecture de l'article de Pascal Riché dans le Libé d'hier sur la catastrophe qui a touché la Nouvelle-Orléans, sorte de reportage de guerre assez impressionnant, on pense immédiatement à Carpenter, à Roméro (que Riché cite il me semble), à leurs hordes de laissés-pour-comptes, à leurs populations en pleine déshérence qui pillent et se livrent à la barbarie. On songe aussi au dernier Spielberg, La guerre des mondes, à ces visions de panique et d'effroi qui submergent les habitants. Ce n'est pas nouveau bien sûr (que n'a t'on entendu après les attentats du 11 septembre), mais je suis toujours aussi étonné que le réel prenne corps, quand on est loin de l'événement, dans des visions de cinéma (américain, hollywoodien, cela va sans dire).

Pour prendre un événement traumatique typiquement français, à quel film (français) la présence de Le Pen au second tour de l'élection présidentielle de 2002 nous a t'elle fait songer? A aucun bien sûr. Tout fonctionne comme si le cinéma américain (une partie non négligeable en tout cas), ne faisait rien d'autre que filmer le réel, le monde tel qu'il va, sous couvert de science fiction, d'inscription dans un genre a priori non documentaire, certainement pas "réaliste" et encore moins "naturaliste". Une capacité à voir, mais surtout à anticiper l'événement, si bien que lorsque celui-ci advient, il existe en quelque sorte déjà dans notre imaginaire. Le cinéma français, lorsqu'il s'intéresse au monde, à la communauté (et pas seulement à une caste, une classe sociale, un corps homogène comme c'est souvent le cas) tient davantage, il me semble du constat, jamais de l'anticipation.

La ville est tranquille de Guédiguian par exemple, disait quelque chose de la misère sociale et intellectuelle du pays, Dancing du trio Trividic/Bernard/Brillat était construit comme une métaphore de l'accueil (avec les clandestins de Sangatt en arrière fond), revendiquant son utopie comme un vrai geste politique, Pas sur la bouche de Resnais figurait avec pas mal d'acuité le retour du poujadisme, mais aucun de ces films ne pouvaient ni ne peuvent aujourd'hui se prévaloir de leur caractère prophétique. Sans doute aussi que la "catastrophe", la peur de la destruction n'est pas (ou plutôt n'est plus), à tord ou à raison, quelque chose qui hante l'Europe. Tout juste peut-être les films de Haneke s'attèlent à la traiter (au delà du jugement esthétique que l'on peut porter sur ses films).

Quelques films français s'y collettent néanmoins. Banlieue 13 (ne hurlez pas), fameuse production Besson qui avait accusé pas mal de quolibets à l'époque (excepté chez Z) mais qui me semble aujourd'hui le seul pamphlet ouvertement anti-sarkozy (donc un film politique) ou Ma cité va cracker de Jean-François Richet (est-ce un hasard si ce sont des films sur la banlieue? évidemment non) sont de rares exemples qui me semblent toucher de près ou de loin à une anticipation de la catastrophe. Néanmoins, ces films sont bien plus minoritaires que ne le sont leurs homologues hollywoodiens. Refusons nous à ce point de voir la catastrophe, n'avons nous pas les moyens de la voir ou celle-ci n'est-elle qu'une chimère? Je penche bien sûr pour la première option, mais rien n'est certain...

brillant article de Jean-Baptiste Thoret ici

par jean-sebastien à 20:16 | Commentaires(16) | Lien permanent