25.8.2006

en compagnie des fantômes

[ le temps réel ]
en compagnie des fantômes
"C'est étrange : dans chaque crise morale, une phrase toute faite, une phrase absolument déplacée s'offre à nous venir en aide : c'est bien là le malheur de vivre dans une civilisation trop vieille, et de posséder un carnet de poche. Cette goutte qui s'écoule n'a rien à voir avec ma jeunesse perdue. Le Temps, ce pâturage ensoleillé où s'étale la lumière dansante, le Temps, cette étendue plate comme les champs à midi, soudain se creuse, se change en gouffre. Le Temps s'écoule comme un lourd liquide s'égoutte hors d'un verre, laissant un dépôt. Ce sont là les vrais cycles, les vrais événements de ma vie. Puis, comme si toute la clarté éparse dans l'atmosphère refluait soudain à la manière d'une vague, j'aperçois le fond. Je vois ce que la routine recouvre. Je reste paresseusement au lit des jours entiers. Je dîne en ville, et j'ouvre la bouche pour bâiller, comme un cabillaud. Je ne prends pas la peine de terminer mes phrases, et mes actions, le plus souvent si incertaines, acquièrent une précision toute mécanique . Cette fois-ci, passant devant une agence de voyage, je suis entré et j'ai acheté un billet pour Rome, avec des gestes d'automates."

par jean-sebastien à 00:50 | Commentaires(0) | Lien permanent