En bas, les feuillages, les champs, tout est terne et mat. Se sont deux avions dans le ciel qui attirent mon attention. Les traces neigeuses que les appareils laissent à leur suite scintillent de violents tons fauves. Des nuages filandreux irradient d’un rose orangé phosphorescent. Ces filaments de coton luisent comme aucun nuage de la journée, sans doute, n’a jamais brillé, et pourtant c’est aussi le signe avant coureur de leur brutal évanouissement. Tout est lent, suspendu aux sons feutrés du lointain. La vallée est emprunte d’un sentiment d’éternité, mais c’est une illusion que je contemple. J’en prends conscience alors qu’il est trop tard et que le jour a accentué son processus de décoloration. Les nuages les plus éloignés du soleil, qui il y a une minute encore se détachaient de la voûte transparente du ciel, ont mystérieusement disparus ; d’eux, il reste une fragile pellicule diaphane et rosée, mais leur corps s’est presque entièrement fondu dans l’indéfinissable masse bleu gris du ciel. Les avions ont été escamotés. La nuit n’a pas encore fait son œuvre et cependant elle est là, palpable dans chaque élément du décor qu’elle fait méthodiquement disparaître. Puis le ciel s’assombrit dangereusement. Le jardin tout à la fois se vide et se densifie sous la pression des ténèbres. La pente herbeuse et noirâtre semble happer le regard et le repousser, comme si la nuit hésitait entre une surface plane et un puits sans fond. Bientôt, on ne distinguera plus rien.