souvenir de Cannes | [ Cannes 2004 ] |
24.5.2004
23.5.2004
déprime et consternation | [ Cannes 2004 ] |
De surcroît dans le train il a fallu surmonter la consternation du palmarès. A l'exception de Tropical Malady, c'est peu dire que les récompenses ne sont pas très excitantes. Lors de la conférence de presse de cet après-midi, où le jury justifiait ses choix, on avait le désagréable sentiment que nul ne connaissait rien au genre documentaire. Dire, comme l'a fait Tilda Swinton que Bowling for Columbine est un film d'une grande maturité relève de l'aveuglement le plus total (a t-elle jamais vu les films de Marcel Ophuls qui naviguent dans les mêmes eaux du débat politique?). Alors je l'avoue tout de même, je n'ai pas pu voir Farenheit 9/11 (refoulé à l'entrée vu que c'était le film le plus attendu des festivaliers, misère...), mais j'ai déjà les plus grands doutes concernant ses soit disantes qualités. Et puis tous les anglo-saxons du jury ont mis tellement d'énergie à dire que non, le film ne s'est pas vu décerné la palme pour des raisons politiques, que je trouve ça de plus en plus suspect.
Néanmoins il faut reconnaître une chose à Moore. C'est un des rares réalisateur à oser le pamphlet filmé contre un président en exercice (le clou étant visiblement ces fameuses 9 minutes d'inaction totale de George Bush suite à l'annonce des attentats). Ce n'est pas en France, pays phagocyté de toutes part, qu'on verrait un objet pareil voir le jour. Au fond, la palme d'or à Michael Moore est peut-être l'un des nombreux dommages collatéraux de l'élection de Bush il y a quatre ans (et plus encore, les exactions de son clan tout entier depuis plusieurs années). Qui aurait dit que le séisme irait jusqu'à toucher Cannes? Aujourd'hui je me sens un peu comme ces escabots désoeuvrés qui d'ordinaire permettent aux fans de faire le pied de grue pour apercevoir les stars monter les marches. Triste sentiment que les films aimés n'ont pas du tout été récompensés à leur juste valeur, jusque dans des prix moins prestigieux comme la caméra d'or qui a fait le choix du consensus en donnant le prix à Or, un film israélien honnête mais tellement prévisible, qui déroule son programme social sans jamais surprendre ni expérimenter (à ce titre Tarnation aurait été ma Caméra d'Or idéale). Dommage aussi de ne pas avoir rendu justice à la meilleure sélection, toutes sections confondues, à savoir la Quinzaine des réalisateurs (Or était lui, à la Semaine de la critique).
Cependant tout jury doit être considéré comme souverain et je ne suis pas sûr d'être tellement en accord avec la tenue d'une conférence de presse pour justifier de ses choix. Cela induit l'idée que peut-être le jury a eu tort et qu'il doit passer un dernier examen. L'agressivité de Tarantino à la moindre question contrariante en disait long sur le malaise d'une telle situation.
Une anecdote plaisante pour finir. dans le train, au wagon bar, j'ai discuté avec Claude Lanzman.
Il m'a en effet demandé si mon sandwich "compagnie des wagons lits" était bon. Ce à quoi je lui ai répondu d'un non catégorique et ouvertement dégoûté. Il a alors fait la moue.
C'est sans doute cela de cotoyer des stars...
22.5.2004
Trop clean | [ Cannes 2004 ] |
A mon sens, le gros problème d'Assayas c'est son puritanisme jamais transcendé à la différence d'un cinéaste comme Hitchcock qui est sans cesse dans la transgression de son puritanisme. De même évoquer Douglas Sirk à propos de Clean, sous pretexte qu'il s'agirait d'un mélodrame est carrément excessif. Il ne reste rien de la perversité, de la méchanceté et de l'ironie sirkienne dans Clean, qui me semble davantage relever du psychodrame bourgeois. Le cinéaste a beau filmer dans le milieu du rock, ce sont toujours les mêmes bourgeois névrosés qu'il décrit. Mais au moins L'Eau froide, son véritable film rock n' roll était porté par une vraie déchirure, une véritable rage, une rébellion de tous les instants. Depuis Fin août début septembre, la leçon d'Assayas est en substance : il faut être responsable dans la vie.
Petite morale qui rapproche ce cinéma de celui de Bertrand Tavernier. La seule différence est que l'un est provincial, l'autre parisien. Mais au fond ce sont les mêmes pères-la-morale. On pourrait se dire alors qu'au delà du sujet (Maggie Cheung essayant de décrocher de la dope pour récupérer son fils), il reste au moins le désir d'un cinéaste pour le corps de son actrice (ce qui est quand même le ba-ba du désir au cinéma). Mais on est sidéré par l'aspect proprement frigide de ce film qui coupe chaque scène dès qu'un état de grâce pointe son nez. C'est assez frappant dans la scène où Maggie Cheung craque, s'effondre en larmes. Assayas ne trouve rien mieux que de faire un fondu au noir.
On aura compris que je suis totalement en porte-à-faux avec l'enthousiasme délirant dont bénéficie Clean (par ailleurs très mal monté : c'est bien simple toutes les scènes ont le même rythme). Comparer le nombre de palmes décernées à Clean dans Le Film Français (la bible des professionnels) avec celles de Tropical Malady est sur ce point très édifiant...
21.5.2004
Tropical Malady | [ Cannes 2004 ] |
Apichatpong Weerasethakul avait déjà réalisé un ovni il y a deux ans, Blissfully Yours où le cinéaste organisait une sorte de vacance de la fiction après nous avoir mis sur d'autres rails (le générique commençait après une heure de film!). La fiction citadine et politique qui s'annonçait s'évaporait alors pour laisser les personnages à une contemplation érotique dans un Eden tropical. Tropical Malady est lui aussi clivé en deux parties distinctes, mais le passage se fait de façon plus abrupte : deux blocs de temps, deux histoires à la fois opposées et complémentaires.
Le cinéaste suit d'abord l'idylle amoureuse de deux jeunes hommes, un militaire et un civil, sur le mode d'une sentimentalité allègre, presque enfantine. On a beau penser parfois à certains films de Hou Hsiao-Hien, quelque chose est pourtant toujours un peu en décalage, par une sorte de bizarrie du récit qui semble n'avoir aucun programme défini. Curieux alors de voir combien la modernité d'un cinéaste comme Hou Hisao-Hsien apparaît comme celle des années 90, pas datée mais déjà inscrite dans le passé là ou Apichatpong Weerasethakul semble lui à la pointe du contemporain (à l'instar des derniers Gus Van Sant - Elephant - et Abbas Kiarostami - Ten).
La deuxième partie engendre un deuxième récit, comme déconnecté du premier (un nouveau générique nous attend), apparaissant comme le refoulé du récit précédent, pulsionnel et mythologique comme le premier est moderne et sentimental. Histoire d'homme transformé en bête, de proie et de chasseur, de chasseur croyant chasser mais étant chassé lui-même, c'est le récit d'une lente dévoration qui nous est conté, un récit de possession homosexuelle comme le cinéma n'en avait pas vu depuis le sublime O Fantasma de Joao Pedro Rodrigues.
A bien y regarder, les deux films de AW sont d'une extrême limpidité. Mais la marche étrange du récit, son avancée non conventionnelle, motivée moins par le cartésianisme généralisé qui irrigue le cinéma mondial que par d'étranges sautes et bifurcations, fait dire à certains qu'on n'y comprend rien. La logique du rêve qui anime les films de Lynch, plus aucun cinéphile ne trouve pourtant rien à en redire. Parions que ceux qui aujourd'hui déteste Weerasethakul crieront au génie dans quelques années. De toute façon Daney l'avait déjà énoncé : le public cannois est le plus bête du monde...
19.5.2004
Apichatpong superstar | [ Cannes 2004 ] |
(j'en parle bientôt)
17.5.2004
des films, encore des films... | [ Cannes 2004 ] |
Il est vrai que j'ai été un peu paresseux ces derniers temps et je dois dire que pour le moment je n'ai pas complètement tenu ma promesse de carnet cannois...
Pour commencer je dois dire mon complet désaccord avec Sandrine et Moland concernant le film coréen Old Boy qui pour moi est une imposture complète (je n'ai pas encore lu ce qu'Azoury a écrit dessus mais je suis déjà d'accord avec lui ;-). Le film est extrêmement pénible (et chiantissime) à regarder, en dépit de sa virtuosité. Le point de départ est pourtant très alléchant (un homme se retrouve enfermé dans une chambre sans fenêtre pendant près de 15 ans sans en savoir le motif; une fois sorti, une sorte de jeu de piste l'attend pour découvrir les raison de cet emprisonnement). Mais très vite ce qui pouvait donner lieu à une fiction paranoïaque comme seule l'Amérique sait encore nous en donner se mue rapidement en un objet creux dune grande stupidité. C'est même souvent assez beauf. La possibilité que le film brasse le refoulé de la psyché sud coréenne s'évapore très vite. Contrairement aux films américains qui sont tout à la fois des récits intimes et des récits sur la nation, associant le collectif et le singulier, Old Boy ne raconte rien sur la société elle-même.
Les meilleurs films vus pour l'instant étaient à la Quinzaine des réalisateurs. A commencer par Tarnation de Jonathan Caouette, qui semble venir en droite ligne de l'oeuvre photographique de Nan Goldin, s'inscivant égalment sous un patronage très warholien. Récit documentaire autobiographique sur sa mère, enfant star qui perdit peu à peu la tête suite à un accident malheureux et à de nombreux électrochocs, comme sur lui-même (la découverte de son homosexualité), Tarnation se déploit à travers un enchaînement qualéidoscopique de photographies très pop art. La meilleur idée? Celle consistant à se débarasser de la voix-off pour construire son récit sur des cartons alternant avec cette furia de photos, même si le film ne choisit jamais un mode d'énonciation définitif (la fin qui ressemble plus à un home movie). Très tôt Caouette s'est filmé (vers 10 ans) si bien que l'impression troublante est celle d'un film dont la gestation a commencé il y a longtemps (le cinéase a aujourd'hui la trentaine).
Autre film américain, Mean Creek de Jacob Aaron Estes se situe quelque part entre Délivrance et Bully. Mais il serait idiot de limiter le film à ces quelques motifs de ressemblance (des adolescents invitent un garçon, gros et mal dans sa peau, à descendre une rivière en barque pour se venger de sa méchanceté). Le film a déçu un peu mon entourage, mais personnellement je l'aime beaucoup. Chercher à le comparer aux films de Gus Van Sant ou de Larry Clark, c'est faire fausse route. L'esthétique du cinéaste n'a rien à voir avec leur modernisme. Les filiations il faudrait plutôt les chercher du côté de Nicolas Ray (comme l'a justement souligné Olivier Père) et de Stand by Me de Rob Reiner. Soit davantage le cinéma classique que le cinéma moderne. D'ailleurs le film décrit des personnages en proie à ds tiraillement moraux contrairement à Elephant ou Bully qui décrivaient une sorte de déliquescence morale, de néantisation de tout fondement moral de la société. Ce qui rend les personnages de Mean Creek absolument bouleversants.
Sinon, comme tout le monde j'ai vu Kill Bill 2. Etrange comme le film provoque un enthousiasme et une adhésion immédiats...pour ensuite s'évaporer un peu au fil des jours. En tout cas ce que j'aime beaucoup chez Tarantino, c'est son foncier féminisme. Il est quand même aller choisir les deux blondes les plus intelligentes d'Hollywood, les plus classes, les moins bimbos. La renaissance sans fin de son personnage principal, son aspect "retour d'entre les morts" est la dimension la plus troublante de ce film qui baigne dans un grand magma de signes et de références cinématographiques. Ce qui sauve le cinéma de Tarantino d'une simple brillance formelle c'est son amour sans condition pour les personnages...mais également parce qu'il baigne (pour le coup littéralement) dans ce grand bain amniotique d'un cinéma qui ne meurt jamais, où comment la cinéphilie, cette matrice féminine (si LE cinéphile est un homme, LA cinéphilie est une femme) donne aussi des indications sur ce féminisme tarantinesque...
15.5.2004
des films encore des films... | [ Cannes 2004 ] |
"oui mais pour un Choristes, combien de Taxi?" Si Les Choristes sont aujourd'hui l'alpha et l'omega du cinéma français, le genre de films qui pourrait le sauver de l'abjection Taxi, alors il y a vraiment de quoi déprimer...
Heureusement, depuis ce début de festival, j'ai quand même vu quelques films très emballants.
A commencer par un japonais sorti de nulle part intitulé The Taste of Tea et réalisé par un certain Ichii Katsuhito. Le film décrit le quotidien d'une famille loufoque, mais en traitant chacun séparément dans ses aventures intimes, au moins en grande partie. Les saynettes se suivent en ordre dispersé, sans logique apparente, le récit prenant même des détours (une histoire racontée par l'oncle qui prend vie à l'écran), si bien qu'on ne sait jamais vraiment ce qui va suivre la séquence d'après. Peu à peu pourtant le film prend une tournure plus homogène. D'abord objet un peu conceptuel et hétérogène (pour info, le réalisateur a réalisé les séquences animées de Kill Bill), le film éclot lentement comme une fleur pour atteindre à une émotion intense dans ses dernières minutes. D'ors et déjà LA découverte de ce festival...
Los Muertos de l'argentin Lissandro Alonso est tout aussi audacieux. Un homme qui a assassiné ses frères (saisissante première image) sort de prison et rentre chez lui. Le film tout entier est consacré à son trajet et se clot lorsqu'il parvient au terme de son périple. Parler de périple est un bien grand mot d'ailleurs tant le film distille les événements au compte-goutte (le ratissage d'un tronc creux pour en extraire du miel d'abeille constituant un des événements majeurs). Généralement, les films de trajet sont constuits sur deux modèles : le gain ou la perte. Le gain : le personnage est soumis à une série d'épreuves et de rencontres qui l'enrichissent peu à peu. La perte : le personnage ne retire de son voyage qu'un sentiment de vide, un peu à la manière des films de désert, dont Gerry, l'extraordinaire film de Gus Van Sant est l'un des derniers exemple.
Le film d'Alonso ne concourre dans aucune de ces deux catégories. Il serait plutôt bahavioriste, le cinéaste enregistrant de strictes événements factuels (marcher, manger, demander son chemin, tuer une chèvre) en dépouillant son récit de toute morale. En un sens c'est un film dont on ne peu tirer aucun bénéfice (ce qui peut-être fait aussi sa limite), sinon celui que confère l'observation désintéressée du réel. Néanmoins il reste cette image de corps ensanglantés gisants à terre qui est comme le refoulé de cette "neutralité" figurative et qui hante inconsciemment le reste du film.
Le Kore Eda était quant à lui plutôt décevant, le Almodovar je ne l'ai pas vu, le Kusturica non plus (de toute façon je ne supporte pas ce cinéma en surrégime permanent et que je trouve toc)...
bientôt d'autres films...(à l'heure où j'écris ces lignes il est temps de se coucher...)
13.5.2004
Quand le néant vous regarde | [ Cannes 2004 ] |
Drôle de montage que cette image barbare, mise en scène mais sans le moindre regard, froide comme la mort et d'une insoutenable pornographie, avec celles toujours un peu apprêtées (bien éclairées, bien cadrées) des oeuvres présentées dans les différentes sélections. On a beau être le cinéaste le moins glamour, le moins esthétiquement affecté, le plus documentaire, toujours on fait l'effort de cadrer, de penser même inconsciement son regard (et alors si l'on filme un homme laid, il finit toujours par devenir beau, d'une manière ou d'une autre). Du snuff movie (ce n'est pas autre chose) qui montre la mise à mort de Nick Berg, rien ne subsiste que la laideur, dépassant même en effroi les pourtant terrifiantes images des GI humiliant et torturant des irakiens.
C'est le facingness le plus abject qui soit : un face à face non plus entre deux regards (le spectateur et le sujet, la toile, la photo qui nous fixent), lequel apporte généralement une réflexivité féconde, mais entre le spectateur et le néant. Un facingness pervers et monstrueux, un facingness aux yeux crevés.
12.5.2004
la première impression est-elle toujours la bonne? | [ Cannes 2004 ] |
Bien entendu ce phénomène de déroute spacio-temporelle momentanée est sans doute connue de pas mal de voyageurs. Je me souviens du choc matinal violent, après une courte nuit à dormir dans le train, que je ressenti (sans réel déplaisir) à la sortie de la gare de Venise, pénétrant au seuil de la ville. Il faut arriver par la train à Venise, car alors on longue la lagune, comme si le train flottait sur l'eau, mais également parce que la gare elle-même est des plus banale (style architecture internationale), et que la première vision de la ville brise instantanément nos repères, semble un théâtre mouvant enclavé dans le passé (pas de voiture, tout juste des antennes qui rappellent le siècle auquel nous vivons). Très vite l'impression s'estompe, mais ce premier flash on ne l'oublie jamais vraiment, de même que l'absolue liberté et sinuosité de la marche définissent singulièrement la ville.
Néanmoins il suffira de quelques heures et de quelques jours pour que Cannes prenne un relatf caractère routinier. Très vite on retrouvera les têtes d'ordinaire croisées à Paris, avec ce même brin d'exotisme international dû à la présence des nombreuses langues et nationalités. Réussira t'on un Cannes festif ou un Cannes studieux? Un Cannes pépère ou survolté? Multirelationnel ou monomaniaque? Comme presque partout ailleurs, au bout d'un moment la ville nous appartiendra. Son univers sera facilement appréhendé (un univers synthétique bien sûr, mais c'est précisément ça qui est fascinant). J'ai peur que même les intermittents ne réussissent pas à donner à cette édition le caractère insurrectionnel qui fait si souvent défaut au festival, lequel lui préfère un ronronnement un peu hystérique, si tant est que cela fasse sens.
03.5.2004
Cannes J-10 | [ Cannes 2004 ] |
ça y est, j'ai mon accréditation pour Cannes, pas la plus top certes (va falloir redoubler de charme pour avoir certaines invitations) mais tout de même, c'est cool.
Du coup je vais tenter un blog quotidien sur la vie cannoise...(plus le choix, maintenant, avec cet effet d'annonce...je ne peux plus me dédire ;-)





