des films, encore des films... | [ Cannes 2004 ] |
Il est vrai que j'ai été un peu paresseux ces derniers temps et je dois dire que pour le moment je n'ai pas complètement tenu ma promesse de carnet cannois...
Pour commencer je dois dire mon complet désaccord avec Sandrine et Moland concernant le film coréen Old Boy qui pour moi est une imposture complète (je n'ai pas encore lu ce qu'Azoury a écrit dessus mais je suis déjà d'accord avec lui ;-). Le film est extrêmement pénible (et chiantissime) à regarder, en dépit de sa virtuosité. Le point de départ est pourtant très alléchant (un homme se retrouve enfermé dans une chambre sans fenêtre pendant près de 15 ans sans en savoir le motif; une fois sorti, une sorte de jeu de piste l'attend pour découvrir les raison de cet emprisonnement). Mais très vite ce qui pouvait donner lieu à une fiction paranoïaque comme seule l'Amérique sait encore nous en donner se mue rapidement en un objet creux dune grande stupidité. C'est même souvent assez beauf. La possibilité que le film brasse le refoulé de la psyché sud coréenne s'évapore très vite. Contrairement aux films américains qui sont tout à la fois des récits intimes et des récits sur la nation, associant le collectif et le singulier, Old Boy ne raconte rien sur la société elle-même.
Les meilleurs films vus pour l'instant étaient à la Quinzaine des réalisateurs. A commencer par Tarnation de Jonathan Caouette, qui semble venir en droite ligne de l'oeuvre photographique de Nan Goldin, s'inscivant égalment sous un patronage très warholien. Récit documentaire autobiographique sur sa mère, enfant star qui perdit peu à peu la tête suite à un accident malheureux et à de nombreux électrochocs, comme sur lui-même (la découverte de son homosexualité), Tarnation se déploit à travers un enchaînement qualéidoscopique de photographies très pop art. La meilleur idée? Celle consistant à se débarasser de la voix-off pour construire son récit sur des cartons alternant avec cette furia de photos, même si le film ne choisit jamais un mode d'énonciation définitif (la fin qui ressemble plus à un home movie). Très tôt Caouette s'est filmé (vers 10 ans) si bien que l'impression troublante est celle d'un film dont la gestation a commencé il y a longtemps (le cinéase a aujourd'hui la trentaine).
Autre film américain, Mean Creek de Jacob Aaron Estes se situe quelque part entre Délivrance et Bully. Mais il serait idiot de limiter le film à ces quelques motifs de ressemblance (des adolescents invitent un garçon, gros et mal dans sa peau, à descendre une rivière en barque pour se venger de sa méchanceté). Le film a déçu un peu mon entourage, mais personnellement je l'aime beaucoup. Chercher à le comparer aux films de Gus Van Sant ou de Larry Clark, c'est faire fausse route. L'esthétique du cinéaste n'a rien à voir avec leur modernisme. Les filiations il faudrait plutôt les chercher du côté de Nicolas Ray (comme l'a justement souligné Olivier Père) et de Stand by Me de Rob Reiner. Soit davantage le cinéma classique que le cinéma moderne. D'ailleurs le film décrit des personnages en proie à ds tiraillement moraux contrairement à Elephant ou Bully qui décrivaient une sorte de déliquescence morale, de néantisation de tout fondement moral de la société. Ce qui rend les personnages de Mean Creek absolument bouleversants.
Sinon, comme tout le monde j'ai vu Kill Bill 2. Etrange comme le film provoque un enthousiasme et une adhésion immédiats...pour ensuite s'évaporer un peu au fil des jours. En tout cas ce que j'aime beaucoup chez Tarantino, c'est son foncier féminisme. Il est quand même aller choisir les deux blondes les plus intelligentes d'Hollywood, les plus classes, les moins bimbos. La renaissance sans fin de son personnage principal, son aspect "retour d'entre les morts" est la dimension la plus troublante de ce film qui baigne dans un grand magma de signes et de références cinématographiques. Ce qui sauve le cinéma de Tarantino d'une simple brillance formelle c'est son amour sans condition pour les personnages...mais également parce qu'il baigne (pour le coup littéralement) dans ce grand bain amniotique d'un cinéma qui ne meurt jamais, où comment la cinéphilie, cette matrice féminine (si LE cinéphile est un homme, LA cinéphilie est une femme) donne aussi des indications sur ce féminisme tarantinesque...
Commentaires
2004-05-17 16:09:38
JS : pas grave que nous soyons en désaccord. Même si je défends Old Boy, je reste méfiant malgré tout, sachant qu'il s'agit d'un film qui fonctionne avant tout sur l'effet de surprise, et contrairement à un film comme Usual suspect qu'on prend plaisir à voir une première fois pour se faire encu-biiiip, et qu'on voit une seconde fois avec autant de plaisit juste pour voir COMMENT on s'ait encu-re-biiiippp, je ne suis pas sûr que Old Boy souffre une seconde vision. Or, seuls les chefs d'oeuvre résistent au temps... Donc, j'espère que QT ne lui attribuera pas la palme, même si je souhaite voir ce film figurer au palmarès...
Sinon, continue à nous donner tes coups de coeur de la quinzaine, nous on zappe complètement cette section, mais on compte bien se ratrapper au forum des Images à notre retour à Paris, afin de compléter et de poursuivre notre festival.
;)
2004-05-17 17:20:07
J'ajouterai ceci : Old Boy, avec ses grands airs de cinéma choc m'as-tu-vu cherchant à séduire autant le public coréen (très friand des films hollywoodiens) qu'occidental, dit cependant des choses importants sur la société coréenne en particulier, et asiatique en générale, comme la hiérarchie entre générations, point que les sociétés occidentales ne perçoivent pas, puisqu'elle n'a aucune valeur dans les rapport entre individus. En français, par exemple, il n'y a que deux façon de s'adresser à autrui : on utilise le tutoiement, ou le vouvoiement. en anglais, un seul mot: YOU. Dans certaines langues asiatiques, il y a au moins 5 ou 6 façons de dire tu ou vous, selon l'âge et le lien de parenté (ou non) de son interlocuteur. Même au sein d'une même famille : selon que l'interlocuteur est un garçon, un fille, plus âgé ou plus jeune, du côté maternel ou paternel, cousin ou frère, le mot diffère, marquant le respect à témoigner.
Dans Old Boy, le bourreau, bien qu'ayant le même âge que sa victime, paraît beaucoup plus jeune (ils pourraient être père et fils). Or, c'est lui qui mène la danse, il pousse même cet aîné que la société lui imposerait de respecter, à lui lécher littéralement les pieds. En d'autres termes, le film transgresse les valeurs sociales coréennes.
De même, il est interdit et humiliant pour soi-même de se venger. La vengeance étant le sujet principal du film, là encore, il réalise un fantasme tabou. Ceux qui voyagent en Asie remarqueront que les autochtones s'emportent rarement en public, il est rare d'assister à de violentes engueulades en public. Car perdre son calme, c'est perdre la face. Si on ne le sait pas, on peut prendre ces attitudes pour de la sagesse, il n'en est rien.
2004-05-17 23:44:33
Moland :
J'aurais du mal à faire le compte des films asiatiques qui racontent une histoire de vengeance. C'est même un genre en soi. Aussi, je ne voit pas en quoi le film en question réaliserait un "fantasme tabou"...
2004-05-18 09:20:37
Futile n'est pas inauthentique. Donc, ça va …
2004-05-18 10:15:25
merci skoty ;-)
2004-05-18 19:48:35
Pas le temps d'avoir un débat cinéphile, déjà que je suis enchainée à l'ordinateur ! Je diaris juste que Old Boy est remarquable, pas génial, mais remarquable ! Et on se fout bien que la vengeance soit un thème récurrent !
2004-05-18 20:29:26
Bah moi, je lui prédis un prix, pari pris... Rira bien qui rira le dernier.
:P
2004-05-18 20:41:50
Ray, Stand by me; ça donne envie.
Demain c'est Godard...
2004-05-19 04:04:34
Ray et Stand by Me toute proportions gardées néanmoins Tlön...(ça reste un premier film fragile)



