22.5.2004

Trop clean

[ Cannes 2004 ]
La rumeur circule et enfle en cette fin de festival : Clean d'Olivier Assayas aurait de fortes chances, parmi d'autres prétendants, d'empocher la Palme d'Or. J'ai cessé personnellement d'apprécier les films d'Assayas depuis Fin août début septembre, qui me semble représenter la quintessence d'un certain académisme français, exception faite de demonlover, cas plus complexe (une suite de scène comme autant de fantasmes de modernité - là du Lynch, ici du Hou Hsiao-Hsien) et surtout film puritain pour ne pas dire réactionnaire sur les "nouvelles images".

A mon sens, le gros problème d'Assayas c'est son puritanisme jamais transcendé à la différence d'un cinéaste comme Hitchcock qui est sans cesse dans la transgression de son puritanisme. De même évoquer Douglas Sirk à propos de Clean, sous pretexte qu'il s'agirait d'un mélodrame est carrément excessif. Il ne reste rien de la perversité, de la méchanceté et de l'ironie sirkienne dans Clean, qui me semble davantage relever du psychodrame bourgeois. Le cinéaste a beau filmer dans le milieu du rock, ce sont toujours les mêmes bourgeois névrosés qu'il décrit. Mais au moins L'Eau froide, son véritable film rock n' roll était porté par une vraie déchirure, une véritable rage, une rébellion de tous les instants. Depuis Fin août début septembre, la leçon d'Assayas est en substance : il faut être responsable dans la vie.

Petite morale qui rapproche ce cinéma de celui de Bertrand Tavernier. La seule différence est que l'un est provincial, l'autre parisien. Mais au fond ce sont les mêmes pères-la-morale. On pourrait se dire alors qu'au delà du sujet (Maggie Cheung essayant de décrocher de la dope pour récupérer son fils), il reste au moins le désir d'un cinéaste pour le corps de son actrice (ce qui est quand même le ba-ba du désir au cinéma). Mais on est sidéré par l'aspect proprement frigide de ce film qui coupe chaque scène dès qu'un état de grâce pointe son nez. C'est assez frappant dans la scène où Maggie Cheung craque, s'effondre en larmes. Assayas ne trouve rien mieux que de faire un fondu au noir.

On aura compris que je suis totalement en porte-à-faux avec l'enthousiasme délirant dont bénéficie Clean (par ailleurs très mal monté : c'est bien simple toutes les scènes ont le même rythme). Comparer le nombre de palmes décernées à Clean dans Le Film Français (la bible des professionnels) avec celles de Tropical Malady est sur ce point très édifiant...


Commentaires

.Moland.Fengkov.
2004-05-22 15:26:58

Eh bien moi, je n'aime pas Assayas... Surtout Demonlover... Mais avec Clean, j'ai été agréablement surpris... On verra... Pas le temps de m'étendre, trop de textes en retard...
bonne fin de festival..

Tlon
2004-05-22 16:07:07

Soit dit en passant:
1) Sauf peut être Demonlover, qui aurait peut être tendance à se bonifier avec le temps ( vu à sa sortie, et en DVD), le cinéma d'Assayas aurait tendance à être plus que plan plan.
2) Il y a chez Sirk une tendance à l'excès, au débordement ( pas au kitch..Ozon en ce sens n'a rien compris à Sirk) qui en fait quelque chose d'assez unique.
3) Il faudra un de ces jours que l'on revienne sur la notion de cinéaste réactionnaire qui pour moi serait plutôt une qualité....
4) Vu de Paris, ce festival semblait un peu terne...qu'en etait il vraiment?

Tlon
2004-05-22 16:08:31

3 fois le mot tendance en trois phrases!!!toutes mes excuses!

sandrine
2004-05-22 16:17:59

Js, tu es passé à côté du film ! Tu n'as même pas vu que le film d'Assayas se situait dans l'après "sex, drug and rock and roll". Autrement dit,son propos n'est pas de parler de révolte, mais bien de ce qui suit cette période mythique du rock. Rien de puritain là-dedans !

jean-sebastien
2004-05-22 16:22:33

si l'embourgeoisement est une qualité maintenant...

tlon
2004-05-22 17:26:31

Je ne sais pas à qui s'adresse le dernier commentaire un brin perfide (lol) mais je tiens à préciser que réactionnaire, dans mon esprit, n'a rien à voir avec embourgeoisement ce serait même tout le contraire..il va falloir y revenir.

jean-sébastien
2004-05-23 00:18:09

d'accord avec toi Tlön; en fait ce commentaire perfide s'adressait plutôt à Sandrine...;-)
(il va falloir revenir en effet( sur la notion de cinéaste réactionnaire...)

barn
2004-07-23 01:08:48

La transgression hitchcockienne est un angle d'analyse de l'oeuvre du maître très à la mode, peut-être un peu trop.

Il y avait chez Hitch cette obsession sexuelle toujours assouvie devant la caméra.Mais sa filmographie ne se résume pas à la perversité qui s'inscrit en filigrane de ses films.

Pourquuoi lier Assayas et Hitch alors qu'ils ne font pas le même cinéma et qu'ils ne sont pas habités pas les mêmes fantasmes??

Fin Aout, Début Septembre n'est pas un mélodrame. C'est un film qui fonctionne simplement car il est bien joué, ce qui manque à l'immense majorité des films français.

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