Tropical Malady | [ Cannes 2004 ] |
Apichatpong Weerasethakul avait déjà réalisé un ovni il y a deux ans, Blissfully Yours où le cinéaste organisait une sorte de vacance de la fiction après nous avoir mis sur d'autres rails (le générique commençait après une heure de film!). La fiction citadine et politique qui s'annonçait s'évaporait alors pour laisser les personnages à une contemplation érotique dans un Eden tropical. Tropical Malady est lui aussi clivé en deux parties distinctes, mais le passage se fait de façon plus abrupte : deux blocs de temps, deux histoires à la fois opposées et complémentaires.
Le cinéaste suit d'abord l'idylle amoureuse de deux jeunes hommes, un militaire et un civil, sur le mode d'une sentimentalité allègre, presque enfantine. On a beau penser parfois à certains films de Hou Hsiao-Hien, quelque chose est pourtant toujours un peu en décalage, par une sorte de bizarrie du récit qui semble n'avoir aucun programme défini. Curieux alors de voir combien la modernité d'un cinéaste comme Hou Hisao-Hsien apparaît comme celle des années 90, pas datée mais déjà inscrite dans le passé là ou Apichatpong Weerasethakul semble lui à la pointe du contemporain (à l'instar des derniers Gus Van Sant - Elephant - et Abbas Kiarostami - Ten).
La deuxième partie engendre un deuxième récit, comme déconnecté du premier (un nouveau générique nous attend), apparaissant comme le refoulé du récit précédent, pulsionnel et mythologique comme le premier est moderne et sentimental. Histoire d'homme transformé en bête, de proie et de chasseur, de chasseur croyant chasser mais étant chassé lui-même, c'est le récit d'une lente dévoration qui nous est conté, un récit de possession homosexuelle comme le cinéma n'en avait pas vu depuis le sublime O Fantasma de Joao Pedro Rodrigues.
A bien y regarder, les deux films de AW sont d'une extrême limpidité. Mais la marche étrange du récit, son avancée non conventionnelle, motivée moins par le cartésianisme généralisé qui irrigue le cinéma mondial que par d'étranges sautes et bifurcations, fait dire à certains qu'on n'y comprend rien. La logique du rêve qui anime les films de Lynch, plus aucun cinéphile ne trouve pourtant rien à en redire. Parions que ceux qui aujourd'hui déteste Weerasethakul crieront au génie dans quelques années. De toute façon Daney l'avait déjà énoncé : le public cannois est le plus bête du monde...
Commentaires
2004-05-24 12:58:41
Je suis d'accord avec l'ami JS, Tropical malady est le plus grand qu'il m'ait été donné de voir durant ces dix jours. Je n'ai qu'une chose à dire: c'est ENORME !



