07.4.2005

antisocial altermondialiste (au fond)

[ cinéma ]
Je repense à cette conversation avec Sébastien qui me dit que pour Daney, le cinéma se serait le monde, la télévision la société (avec, pour Daney, une préférence pour le monde). Du coup je me dis que, au fond, c'est peut-être ça le problème, en particulier avec le cinéma français (exception faite de Chabrol, de Trividic et de quelques autres). Finalement en France, on a bien retenu la leçon de Daney, on passe son temps à filmer "le monde", avec tout ce que cette expression peut revêtir d'abstrait et de confortable (perversion de la vision Daney?), et en oublie la société (contrairement au cinéma américain qui filme tout à la fois le monde et la société). Au fond, au fond, oui, la télévision c'est la société, c'est une sorte de double, de révélateur. Bonne ou mauvaise, réactionnaire ou novatrice, laide ou sublime, c'est pour cela, sans doute, que les cinéastes devraient regarder la télévision, regarder les corps de télévision (les seuls à être naturalistes finalement, même au delà du cirque), plutôt que de se contenter du "monde". Au fond, oui.

ps : salutaires points de vue iconoclastes sur le dernier Eastwood ici et


Commentaires

.Moland.Fengkov. - http://moland.kaywa.com
2005-04-07 08:54:39

Est-ce une nouvelle mode d'utiliser à l'envi, systématiquement, dans tous ses textes, la formule "au fond" ? On la voit chez moult critiques...

Tlön
2005-04-07 10:40:14


Un artiste, a fortiori un cinéaste ne doit pas montrer la société, ou le monde mais son monde.Et c'est en passant par son monde qu'il atteindra à ce que faute de mieux on appelera l'universel. Au fond ce n'est qu'une affaire de style. Je crains de me faire traiter d'esthète réactionnaire
A l'inverse de toi, je pense qu'en France on ne filme que la société, ou pire encore les problèmes de société. Et peu importe que cette vision soit fausse ou juste, l'objet est toujours le même. Le film comme prétexte au débat chez Delarue, et c'est bien là qu'est le probléme.

.Moland.Fengkov.
2005-04-07 10:59:49

les "au fond" se multiplient plus vite qu'on ne le crois...
;)

sandrine
2005-04-07 11:05:42

Entièrement d'accord avec Tlön.
Et puis, tu dénatures un peu le propos de Daney, du moins, le tord pour qu'il s'accorde à tes désirs, ce qui est bien normal. :-)
Mais la distinction opérée par Daney entre "monde" (le lieu du cinéma) et "société" (la télévision) est beaucoup plus complexe. La société, selon Daney, c'est : les "band aid", les enfants africains qui crèvent sur fonds de musique FM, l'esthétique publicitaire, la loi du marché, le cynisme à l'oeuvre. Aussi, et selon l'acception daneyienne, je ne pense pas qu'il soit souhaitable que les cinéastes se piquent de monter la société : ils ne le font que trop !
Tu entends, je pense, la société au sens d'une inscription dans le contemporain. Et là, évidemment, on ne peut que te rejoindre. Quoi de plus effrayant et stérile qu'un cinéma qui n'est pas ouvert sur le contemporain, pire, qui le méprise ?! On parle bien du monde ici.
P.S : Daney ne méprisait pas pour autant le medium télévisuel qui était une vraie source de fascination et d'inspiration, mais plutôt ce qu'on y donnait à voir : un consumérisme forcené !

Lilith
2005-04-07 11:11:35

Ni "le monde" ni "son monde" mais plutôt "avoir un regard sur le monde", non ? (regard dont il n'est pas interdit de discuter ...)

sandrine
2005-04-07 11:15:35

L'expression "au fond" signifie : "tu vois là, je suis dans mon bain et je réfléchis très fort à l'image" ou "en me brossant les dents ce matin, j'ai eu une fulgurance et j'ai mis en perspective toute l'histoire du cinéma". Ou "dimanche, en mangeant le civet avec la belle-mère, cette pensée lumineuse sur le cinéma m'a traversée". En gros, je suis cool mais ça ne m'empêche pas de réfléchir.
Moi, j'aime bien...au fond !

.Moland.Fengkov.
2005-04-07 11:18:59

tics de langage, modes, comme en son temps l'emploi abusif de "éponyme", utilisé à l'envi et pas toujours de façon adéquate... Enfin bon, je ne vais pas alimenter un débat futile au sein de celui que le texte de JS soulève.

Lilith
2005-04-07 11:25:01

Moi je suis pas très "au fond" (si je peux dire çà comme çà). Je suis plus dans le camp des "finalement", finalement.

.Moland.Fengkov.
2005-04-07 11:28:47

C'est pareil...

versac
2005-04-07 12:12:02

Je milite pour le développement de l'expression "lun dans l'autre", qui est vriament très drôle, et permet de tout relativiser avec des sous-entendus scabreux.

Ceci-dit, je rejoindrais un peu Tlön, n'ayant pas lu Daney. L'"utilistarisme" de la production de fiction à la télé me fait un peu braire. On donne à la création une fonction de pseudo-éducation qui ne devrait pas être la sienne.

(...)
2005-04-07 12:15:42

Le problème justement Tlön et Sandrine, c'est qu'un certain cinéma passe son temps à filmer "des problèmes de société", pas la société elle-même...ce n'est pas du tout la même chose; s'il fallait donner un exemple américain récent, par exemple, un cinéaste comme Verhoeven me semble tout désigné : il ne filme pas "des problèmes de société" mais justement la société; qu'il aboutisse ensuite à "son monde" (et là je serais d'accord avec Lilith sur la distinction "son monde"/"le monde"), oui, évidemment, mais ça c'est ce qu'on pourrait appeler sa signature, tant esthétique que morale (ou éthique), ça me paraît le minimum pour arriver à l'art...On pourrait citer aussi Kiarostami, dont les meilleurs films m'intéressent pour les mêmes raisons...

et, "au fond", je ne partage pas complètement ton point de vue Tlön, "son monde", selon moi, ce n'est pas suffisant, en particulier en ce qui concerne les arts discursifs; on peut toujours trouver des contre exemple (Lautréamont par exemple), mais en même temps ce qui m'intéresse chez Proust (pour rester dans la littérature), c'est qu'il décrit "son" monde, "le" monde, et la société, c'est d'une richesse inouïe...Desplechin (pour revenir au cinéma), il filme son monde et c'est justement pour ça qu'il n'atteint pas à l'universalité, c'est trop autocentré pour intéresser d'autres personnes que sa caste ou ceux qui se fantasment tels...il n'y a pas de dialectique chez Desplechin (contrairement à Triple Agent de Rohmer par exemple, qui filme le tragique va-et-vient du monde (son monde) à la société, le décalage qui en découle...)

Bien sûr que l'acception de Daney est un peu plus complexe, c'était vraiment pour rebondir; mais c'est aussi parce justement Daney il est allé voir là bas (la tv), contrairement à des cinéastes comme Jacquot, Assayas : eux ils sont dans un fantasme de société parce qu'ils ne sont pas allé la voir (un fantasme corporel, langagier, contextuel); je continue à penser que la télévision est le miroir le plus passionnant de la société (et arrêtons de penser qu'il y a rupture entre la société et le monde, je crois plutôt qu'il y a une solution de continuité, un rapport dialectique entre les deux : c'est ce qui passionne chez Verhoeven);

aujourd'hui, il me semble que chacun film son petit monde (perversion de la politique des auteurs sans doute); ce n'est pas qu'une affaire de style il me semble, mais aussi une affaire de point de vue

et Moland, il me semble que ton tic à toi c'est "à l'envi"...

(...)
2005-04-07 12:28:24

en fait, le problème aussi, c'est qu'aujourd'hui certains confondent "filmer son monde" et "filmer depuis son monde", sans rapport à l'altérité...

.Moland.Fengkov.
2005-04-07 12:43:55

"à tout bout de champ", c'est moins joli, je trouve...

.Moland.Fengkov.
2005-04-07 12:44:15

"à tout bout de champ", c'est moins joli, je trouve...

.Moland.Fengkov.
2005-04-07 12:45:49

ah bah fallait bien que quelques voix se lèvent contre le Eastwood. J'y reviendrai... Pourtant, je ne suis pas un fan absolu...

sandrine
2005-04-07 13:40:59

Moi, j'en ai ras le cul de ces branleurs qui prennent systématiquement la tangente, dès qu'un film s'offre à un large public. C'est de la pose, du snobisme, un manque de générosité et d'ouverture intégrales ! Comment peux-tu te laisser séduire par des intégristes pareils ? Est-ce parce que tu n'as pas su mettre des mots sur ton propre rapport mitigé au film d'Eastwood que tu te tournes vers la manière forte ? Quelle radicalité ! Quelle déception ! Je réitère : des pisse-froids !
Désolée pour la véhémence, qui n'est guère dirigée contre toi mais contre une posture ! C'est comme cela quand on aime !

(...)
2005-04-07 13:48:10

quelle véhémence! quel emballement! quelle femme de tête!

sandrine
2005-04-07 14:01:22

Et je rajoute, merde !

Lilith
2005-04-07 14:24:13

La discussion n’est pas si futile, Moland. Elle peut le paraître si on parle des expressions « au fond », « finalement » … Elle l’est moins si on s’intéresse aux tics de langages qui correspondent à des mots/expressions passés dans le langage courant et qui nous viennent directement du domaine des techno-sciences (surtout l’informatique bien sûr). Le langage n’est pas neutre et dans ce dernier cas, cela traduit l’hégémonie du domaine des « sciences et techniques » et des industries correspondantes par rapport à d’autres domaines dans notre société (bon je n’invente rien … mais c’est que j’ai des dadas sur lesquels j’aime revenir …). Dans cette optique, le « monstre » à mes yeux serait l’expression : « temps réel ».
PS : nous sommes hors sujet par rapport à la note mais je pense que JS nous pardonnera cette digression.

Puisqu’il y a plusieurs discussions en cours, toutes aussi intéressantes les unes que les autres, je voudrais dire quelques mots (rapides car pas trop le temps) sur Eastwood et les liens signalés par JS. Il me semble que le post de Zohiloff (je lirai l’autre plus tard par manque de temps) parle de tout sauf de cinéma. A partir de là, et si on veut être radical, je dirai qu’il n’y a rien à discuter (je crois que moi aussi je suis un peu enervée, Sandrine). Il me semble aussi que sa pseudo-radicalité qui passe essentiellement à travers un vocabulaire de l’insulte (« crevures », decidement cela doit être le syndrome Stalker … si je puis me permettre ce rappel) traduit surtout une incapacité à analyser et à apporter 2 ou 3 idées nouvelles et/ou originales. Ce n’est pas parce qu’on n’a que le mot prolos à la bouche que l’analyse intelligente suit. Enfin, il me semble que la (pseudo)critique de Zohiloff est ce que j’appellerai de la critique idéologique donc pas de la critique de cinéma (le cinéma est un art pas un manifeste, non ?) quel que soit l’avis sur un film (bon ou mauvais).
Concernant Million Dollar Baby, j’y reviendrai plus tard (peut-être sur le post de Sandrine qui lui est directement consacré).

GB
2005-04-07 14:26:35

"forclos"... en psychanalyse ca veut absent, ignoré...En droit ca veut dire que le délai de prescription est dépassé. A ne pas confondre avec "fort clos" (très fermé)...


(...)
2005-04-07 14:31:26

oups, je corrige

(...)
2005-04-07 14:42:29

je ne suis pas d'accord Lilith, quand Z dit qu'Eastwood sépare le bon grain de l'ivraie, il n'a pas tort, il y a quelque chose qui est de l'ordre du repoussoir pour le spectateur (concernant la famille de l'héroïne), ils sont condamnés d'avance; à coté cette fille a un côté angélique, pur, inattaquable...

peut être qu'il y a un débordement idéologique de la part de Z, mais il s'agit aussi et surtout d'éthique cinématographique : après tout on peut bien concevoir que cette vision, la vision d'Eastwood est gênante, d'un point vue de l'éthique cinématographique, on peut considérer qu'il faut aimer tous ses personnages, ça ne relève pas de l'idéologie il me semble...

Lilith
2005-04-07 14:42:36

JS, vous inventez le post mouvant (le mot semble à la mode dans l'entreprise qui m'emploie; cela aide à masquer sans doute l'absence de stratégie ... euh dans l'entreprise je veux dire) ?

(...)
2005-04-07 14:44:23

et nous avons laissé un commentaire presque simultanément...(je vous ai devancé de peu...magie de la technologie)

.Moland.Fengkov.
2005-04-07 15:01:58

j'y reviendrai... Pas le temps, là... Rhhhaaaa !!!
3 débats en un : trop fort, JS !

Tlön
2005-04-07 15:05:30

Ce n'est pas que je veuille insister mais je maintiens: Ce n'est qu'une affaire de style (C'est mon coté Macmahonien).

(...) (ton style c'est ton cul)
2005-04-07 15:12:05

peut-être, mais alors : qu'est-ce que le style ? (4ème débat!)

.Moland.Fengkov.
2005-04-07 15:14:42

j'adeure, ça va aller presqu'aussi vite qu'un quizz interdit !

.Moland.Fengkov.
2005-04-07 15:16:07

Et arrête de remanier ton texte à l'envi, JS. C'est insupportable, faut à chaque visite le relire...

SA
2005-04-07 16:26:31

Ben y a du monde ici !
Je n'ai pas tout lu mais bon, excusez moi.
Très Ok avec toi JS. On occulte totalement la société ici (très différent des "problèmes de société" comme tu le dis et ceux là on se les farcis à l'envie) alors que les artiestes US (ciné et roman d'ailleurs) savent parler de la société au sein du monde pour en faire un tout correspondant à une vision artistique propre (le monde de l'auteur donc qui mixe ces deux dimansions).

Philippe[s]
2005-04-07 21:40:16

Au fond, au fond, la question, finalement, c'est la forme. Ce n'est ni le monde, ni la société, ni les problèmes de société ou les problèmes du monde, ni l'universel, ou de savoir si les américains font ceci ou cela mieux que les français ou inversement (quelle tarte à la crème répétée à l'envi), ce n'est même pas le style.
La question, c'est la FORME.
Et de ce point de vue, la note de Versilov est absolument indigente, celle de Dr Devo un peu moins, quoique abusant d'armes absolues du langage (facho, totalitaire, abject).

.Moland.Fengkov.
2005-04-07 23:03:42

je disais que j'y reviendrais plus longuement, et je le ferai peut-être, si le temps me le permet, mais je crois que philippe[s] résume assez bien ma pensée, surtout son dernier paragraphe.

raqi33
2005-04-08 00:02:34

J'adore vos photos msieur JS, mais j'aime encore plus quand vous balancez du texte ;)
Je suis en train de découvrir Daney, et je dois avouer que je ne suis pas encore arrivé à sa définition du "monde" et de la "société" (je n'ai que la rampe). pouvez-vous m'éclaircir, car ce débat TV/ciné est vraiment passionant (y a-t-il, dans le fond (perso je vote pour), débat plus passionant aujourd'hui? La constitution ? Mouais...) , mais sur le coup je suis pas sûr d'en comprendre tous les tenants et aboutissants.
A la limite si vous pouvez me citer un texte et un bouquin où il donne sa définition, je me ferai un plaisir d'y jeter un oeil.

Pour ce qui est du Eastwood, j trouve la critique de Matière focale trop outrée (et pas super bien écrite), et celle de Z. comme toujours, faite de 1% de fulgurances et de 99% de torrents que même les miliciens qu'il dénonce n'oserait pas écrire (mais qui est ce Z., dans la vie, un psychopate ? un Ulmien ? Louis Skorecki qui n'ose pas publier ça dans Libé)

Sur le film en lui-même, j'ai été choqué par 2 trucs : la scène où elle se coupe la langue (pas si différente dans son éthique que le filet de bave de Marais Adentro), et celle où sa famille vient lui rendre visite, avec des arguments proches de ceux de Z., en peut-être moins violents ;)
Dommage car la 1ere partie est vraiment belle, et le film, dans son ensemble, largement positif.

raqi33
2005-04-08 00:03:37

il faut lire "torrents de boue" pour la critique de Z.

Arthur Freed
2005-04-08 00:53:51

The style is a world, the world is a style - for entertainment (of society?)...

(...°
2005-04-08 00:59:54

Philippe(s), nous sommes d'accord : monter (je dis bien monter, pas montrer) ces gens en guise de repoussoir dans le film d'Eastwood, monter, c'est à dire les mettre en rapport avec un idéal de pureté qui serait l'héroïne, oui, c'est une question de montage, et donc de forme...(et par extention d'éthique : c'est toute la différence entre le cinéma et la musique, et même le cinéma et le peinture...ou alors je suis dans une déformation/vision moraliste du cinéma, peut-être...)

Lilith
2005-04-08 03:09:34

Bon j’ai relu le brouillon de Z. et je viens de lire le texte de Devo. (Cela m’ennuie de discuter d’un brouillon mais ma précédente intervention m’oblige à vous répondre et je le fais avec plaisir).

1er point : concernant Million Dollar Baby :

Je n’aime que la première partie du film de Clint Eastwood c’est-à-dire jusqu’au match fatal. Et j’ai moins goûté la deuxième partie que je pense effectivement faible et peu intéressante (donc là je rejoins partiellement Devo).
Ce qui m’a intéressé dans le film c’est surtout le personnage de l’entraÎneur et la peinture de la salle de boxe. Je me trompe peut-être mais j’ai perçu cette salle, en voyant le film, comme le lieu d’un huis-clos qui contiendrait tout un monde (ne pas confondre avec « le monde » - compte-tenu d’un autre sujet qui nous occupe sur ce post); un monde avec ses faibles (Danger) et ses forts ou qui croient l’être ; un monde avec ses coups en douce (attirer Scrap dans les toilettes pour fomenter un mauvais coup) et ses roublardises (pousser Danger à se battre alors qu’il ne peut que se faire écrabouiller) ; un monde avec son petit caïd et sa petite bande de suiveurs car c’est toujours plus confortable d’être du côté du plus fort.
Et c’est là qu’on voit que l’accusation faite au film « d’enfoncer les pauvres » (donc les faibles) ne tient pas. Car le personnage « faible » (Danger) n’est pas abandonné à son sort. Et le petit caïd se fait remettre en place à 2 reprises : il se fait « moucher » par Maggie-Swank et il se fait mettre KO par Scrap. En fait ce n’est pas seulement qu’elle ne tient pas ; c’est qu’elle est hors sujet.

Si l’entraîneur m’intéresse c’est parce qu’il me semble moins monolithique qu’on ne le croit.
Un des thèmes majeurs abordés dans ce film (récurrent chez Eastwood) est celui de la culpabilité : ici la culpabilité de ne pas avoir évité le match de trop à Eddie Scrap. Episode de leur passé qui les a unis pour toujours (car il faut bien que l’entraîneur paie son erreur en gardant sous les yeux la preuve vivante de celle-ci). Et il me semblerait trop simpliste de ramener cette histoire de culpabilité uniquement à une question religieuse. Même s’il va tous les jours à l’église, cela ne signifie pas forcement que le film fait l’apologie du catholicisme mais que le personnage à des choses/comptes à régler surtout avec lui-même. (La culpabilité est aussi présente par rapport à sa non-relation avec sa fille sans qu’on comprenne très bien ce qui s’est passé.)
Un autre thème important (qui m’intéresse) et qui revient aussi chez Eastwood c’est le binôme/couple formé par les 2 hommes (Dunn-Eastwood et Scrap-Freeman) et la relation (ici perverse) qui les unit.
(je laisse volontairement de côté le thème de la filiation et sans doute des tas d’autres choses : je n’ai pas la volonté d’être exhaustive ; je parle seulement ici de ce qui m’a le plus accrochée).

Maintenant je vais vous dire ce qui m’a gênée à un moment dans le film bien que cela constitue un instant très bref du film. C’est le passage où Scrap-Freeman explique à Dunn-Eastwood qu’il n’a rien a se reprocher (vis-à-vis de l’état auquel est réduit Maggie-Swank après le dernier match). Après tout, dit-il, sa vie fut brève mais elle a réalisé son rêve (se battre pour un titre contre une « championne »). Et donc finalement elle a vécu la plus belle des vies qu’il était permis de rêver à une déshéritée de la vie comme elle. J’y ai vu une morale qui m’a glacée. D’autant plus que Eastwood semble la reprendre à son compte (entretien dans les Cahiers) : il a voulu « exalter le fait de savoir apprécier ce que chacun aura été capable d’accomplir dans sa vie ». Même si le résultat de cet accomplissement est une boucherie, Mr Eastwood ? Légume à 32 ans : il me semble qu’il y a mieux comme vie.
Pour moi cela dit que pour ceux/celles qui ne peuvent pas espérer grand chose de la vie car ils sont nés du mauvais côté du manche, leur vie ne vaut pas grand chose et peut être utilisée comme un matériau (ici la boxe, ailleurs la guerre).
Je ne sais pas pourquoi je pense à on achève bien les chevaux.

Vous avez raison sur le fait que certains personnages sont trop tranchés. Le personnage de Swank n’est pas celui qui m’a beaucoup intéressé … donc angélique, pure, travailleuse, ultra-méritante : oui. Mais bien qu’inattaquable, elle sera sacrifiée. Quand à sa famille, c’est pire que les Thenardier et elle est effectivement condamnée d’avance tellement leur méchanceté, bêtise et avidité sont visibles. Cela peut faire partie des points faibles ou ratés du film ; de là à parler de film abject (cf. Devo) … il y a un monde me semble-t-il.

2me point : concernant le brouillon de Z :

Là ou je parlais de critique idéologique de Z. (au delà du texte ni fait ni à faire) c’est parce que l’essentiel de son post fait dans l’amalgame imbécile « Eastwood = LePen » avec ses corollaire. « Admirateur de Eastwood = lepeniste » + « Admirateur de Eastwood = crevures ». Il mélange vraiment tout (Eastwood, 35h, secu, retraites) et n’importe quoi; donc l’aspect salutaire du point de vue m’échappe totalement !

Il a sans doute mal digéré ses cours de pseudo-marxisme-léninisme (à moins que ce ne soit d’anarcho-syndicalisme) frelaté dispensés dans une quelconque secte trotskiste ou autre.

Dans sa note précédente, Z dit que sur « le film de Eastwood il n’y a rien à en dire ; c’est son dernier c’est tout ». Ce qui confirme que dans celle-ci il parle d’autre chose : Badiou, Le Che et les crevures qui aiment le cinéma de Clint Eastwood.

3eme point : concernant le texte de Devo :

Quand à Devo, il ne retient en définitive qu’une chose : c’est un film à message/thèse (la perversité manipulatrice du fasciste Eastwood serait telle que la 1ere partie du film serait du bon cinéma uniquement pour mieux faire passer la pilule et le message de la 2eme ; bon, soyons sérieux !). Et ce message tenez-vous bien : c’est la défense de l’euthanasie ! Tout le film serait tendu vers cet unique but.

Tlön
2005-04-08 07:53:31

Disons alors que le style resulterait de la confrontation d'une intention et d'une forme.

Philippe[s]
2005-04-08 08:47:29

Tlön, je vais réfléchir à ton aphorisme, séduisant comme la plupart des aphorismes; mais on pourrait le retourner, me semble-t-il (ça, c'est une scie personnelle), en disant que la forme, c'est la fusion d'une intention et d'un style. Le style sans intention, c'est du formalisme, et c'est peu intéressant.
C'est de ce point de vue que le film d'Eastwood est remarquable (intention, style, forme); après on peut y trouver des tas de thèmes différents selon sa sensibilité, et en tirer des morales (au sens de la morale d'une fable) personnelles, voire rejeter ces morales. Mais c'est autre chose.
C'est là où, en revanche, le dernier Desplechin échoue, avec ses ses deux parties imbriquées discordantes quant aux intentions et au style, donc quant à la forme (et certainement pas parce qu'on ne croit pas à la réalité de la profession de tel ou tel, ou pour un quelconque nombrilisme petit-bourgeois).

(...)
2005-04-08 10:57:48

Raqui33 > je ne sais plus où il a écrit ça mais en tout cas vous pouvez l'entendre en parler dans l'émission Océanique "Itinéraire d'un cinéfils" qui est sortie en dvd (cf le blog de Sébastien)

.Moland.Fengkov. - http://moland.kaywa.com
2005-04-08 11:25:31

je vais tomber amoureux : entre philippe[s] et Lilith, mon coeur balance...

Scanner
2005-04-08 13:20:32


« Dans un film en cours d’élaboration – depuis la conception vague jusqu’à l’étape finale du mixage, en passant par l’écriture du scénario, le découpage, la répartition des acteurs, les cadres, la conception du son (direct ou fabriqué) –, quel que soit le sujet que l’on traite, trois éléments entrent en lutte réciproque, chacun ayant de bonnes raisons de vouloir l’emporter sur les deux autres : le récit, la dramaturgie et le projet formel. »
Jean-Claude Biette, Le Gouvernement des films, 1998

This is it. Règle de trois fondamentale (not « au fond », au fait). Et la lutte entre les trois, struggle for life. Mister T. is right. Or in other words : « Le style c'est les idées » (LF Céline). Mac Mahon forever.

The problem with le film de Mister Eastwood, parfois très beau (elle, training), parfois encore beau quand il faudrait no more beauty in it (la « dead line »), donc raté, truqué in the end, relève both de la dramaturgie and du projet formel. Le récit is pure and perfect. Mais Eastwood loupe Eastwood when, at the end, il s'autofilme en clair obscur once more, ne se tire pas de son esthétique dramaturgique sombrement flatteuse, again and again THE héros solitaire que son geste grandit (pas dans le récit but dans la forme et sa dramaturgie, then). Il loupe sa fin, il rate sa sortie, pas implacable trop impeccable, for just one reason : ce qui, dans le récit, est insoutenable, à l'image soigne la sienne, sa lonesome mythologie de Clint, despite all. Too bad for the not bad enough. « Tough is not enough » : on dirait qu'il n'a pas compris tout ce qu'il y a de « dur » in that sentence. Dur pour lui. Il n'a pas eu the guts de se mettre à mal, dramaturgiquement et formellement. D'aller au bout du récit, de la nuit (la lumière black is black is not enough).

I was just around. Hi.

Scanner
2005-04-08 14:23:21

Right. Joke. I was fooling you. Le dernier Eastwood is "big enough" - "tough is big enough" L'oeuvre de nuit, le visage d'ombre in le crépuscule ou le mythe resurected. Qu'il soigne son image is ok car il belongs au monde des fantômes et qu'il accompagne une morte. Apologies. I love the movie. Son plus grand masterpiece depuis 10 ans !

[S]canner...
2005-04-08 14:29:47

...has been [S]canned, but mythology kills the fake[s]. In fact.

Ludovic - http://ludovicmaubreuil.hautetfort.com
2005-04-08 17:41:12

Comme le dit JS (et je ne dis pas ça pour le remercier de la mise en lien !!), filmer des problèmes de société, ce n'est pas filmer la société et filmer son monde, ce n'est pas pareil que filmer de son monde. Le problème, c'est peut-être aussi d'objectiver à tort et à travers, car "le" monde, "la" société ne sont peut-être que la résultante de discours inter-subjectifs sans autre "réalité". Ainsi, le pire, dans le cinéma, c'est sûrement lorsque l'auteur d'un film est persuadé de décrire la vérité, alors que le plus souvent il recopie et au mieux interprête

(...)
2005-04-08 18:15:00

il y a un scanner de trop...un copycat s'est dissumulé dans le décor, sauras-tu le reconnaître?

Scanner to be continued
2005-04-09 11:42:40

J'ajoute : I totally agree with miss Lilith quand elle pointe le « discours » (final) de Freeman à Eastwood sur « a wonderful life as it is », et comme Eastwood en est la dupe trop « facile » (easy come, easy go), again, pour rehausser la dramaturgie de ce qu'il va accomplir et... s'en sortir (avec les honneurs, et le clair obscur). Something's wrong. Il ne va pas au bout, I repeat. Il tient trop à sauver sa peau de personnage-héros in the dark.

Dear copycat[s], mythe n'est mythologie, et il n'accompagne pas une morte, il tue une vivante. C'est même exactement ce que raconte le film, ex. : le geste du « pro » infiniment répété de replacer le tabouret selon le bon « timing », et le moment où, lui l'adepte du « patience et longueur de temps », va trop vite, perd le « timing » et remet le tabouret avant qu'il n'aurait dû, trop tôt. Le film raconte cela (qu'il la tue), sobrement et sèchement, jusqu'à ce qu'il renonce à cette dureté presque… bergmanienne (?), pour, donc, « mythologiser » plein pot en bout de course et édulcorer, aux fins de garder au grand Clint son aura édifiante et fantomatique. Là où il aurait dû, jusqu'au bout, filmer l'homme (son personnage, l'entraîneur), il ne peut s'empêcher de se rétablir en demi-dieu, ange de la mort, tout son barda signalétique. Et le spectateur peut applaudir, non plus le gladiateur blême qu'il avait vu dans l'arène jusque là, mais le demi-dieu son idole « surex. » qui vient de tourner le pouce pour la mise à mort. Trop facile, trop flatteur.

Au fait, excuse my french.

Et j'ajoute, to make my point clear : Hilary Swank est géniale (le personnage de Danger, aussi, et la awfull family ne me dérange pas, outrancière, tonalité encore triviale quand le film forgets to be), et le film just could have been. If only. Il s'en est fallu... d'un pouce ?

Lilith
2005-04-10 14:15:13

La salle entière est un ring de boxe et si Danger ne se bat contre une fille, Maggie gagne par KO contre Shawrelle-Mackie, le laissant ventre à terre.

(...)
2005-04-11 00:18:59

pour mémoire ici

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