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"Qu'il s'agisse d'une pièce ou d'un film, on doit faire penser le public malgré lui...Le public vient et si vous êtes un bon dramaturge, il sort en pensant. Telle est à mon sens la marque de notre réussite. Mais si le public vient pour penser, alors tout cela devient un peu pédant, un peu triste aussi".
Puis un peu plus loin Lourcelles continue sur la question de l'acquis :
"Cet acquis repose notamment sur le refus du psychologique au profit du tragique ; sur le refus de la structure libre au profit de la stabilité des genres ; sur le refus de la formulation littéraire et discursive de l'idée ou des idées du scénario au profit de leur incarnation en une variété réelle d'épisodes, péripéties, itinéraires, métamorphoses, etc..."
Dans le quatrième point, il ajoute :
"La notion de genre a déjà par elle-même, dans le cinéma américain, une tendance à se vider de son contenu psychologique, social ou moral pour laisser place à un élément mythique et parfois - plus rarement - érotique, qui en résume et en avive le sens"
Et si, au fond, Guiguet était, sous ses dehors très français, un cinéaste de genre, et même un cinéaste américain (exception faite, peut-être, de la "formulation littéraire de l'idée")?
ps : chaleureux remerciements à P/Z
ps2 : ici et ici
ps3 : ajout pour Scanner :
"Le monde des films de Jacques Tourneur est le monde de la ténacité et de la surprise continuelle. Mais la surprise continuelle (surprise d'exister, surprise de ne se sentir fait pour rien en ce monde et de se trouver pourtant y remplir un rôle) revient à l'absence - une absence totale - de surprise. Il ne reste plus que la ténacité."
Commentaires
2005-07-01 19:28:49
Le texte de Lourcelles in question, about Tourneur, est un vrai masterpiece. I can imagine que Mister T. a en sa possession that numéro de « Présence du cinéma ». Beato lui. I don't.
So. For my own little pleasure, serait-il possible senior JS de transcrire le short first paragraph de l'article ? I remember it as an ouverture d'une fulgurance pure et définitive about Wichita's director, among others…
Refresh the page – and my memory ? Please.
'Evening.
2005-07-01 19:39:39
the numéro de Présence du Cinéma that I have is a gift from Mister T himself...
magnifique texte de Lourcelles en effet...I'll put the first paragraphe sur my blog, promis, but later...(il y parle de "ténacité", c'est très beau...)
2005-07-02 04:16:54
Danke. Pas rien.
2005-07-03 13:32:21
Disons, to go further, that Guiguet est un lyrique, rather.
In the sense que sa parole, ultra sentimentale, is less psychologique (c'est qu'on entend lots of sentencieuses sentences, bullshits toutes faites, dans ses films sometimes : but who cares ?!) que lyrique, qu'elle s'éploie tragiquement vers le chant (as a song as you said, petits récitals, see « Les Passagers » for instance).
I would say que parmi les living cinéastes, ceux qui font un sort à la parole, to create that kind of strange « lyrisme noir » : Guiguet, Brisseau, Breillat, Oliveira.
Formulation lyrique de l'idée. Then there is néanmoins la formulation dialectique, Rohmer, Treilhou… Don't miss the difference between, disons, psychologie and « "psy"logie » en vogue. I once was against l'idée de psychologie, same as Renoir qui, sur un plan voisin de Hitchcock about les « vraisemblants », pouvait s'en prendre à « our friends les psycholo-gisants » (!). Mais il y a psychologie et psychologie, and there is une rigueur et une noblesse in some precise acception, que herr Rohmer a portée loin.
Quote :
Jean Narboni – Il y a un article que je tenais absolument à reprendre, c'est celui sur « Un américain bien tranquille », qui à mon avis contient beaucoup de choses anticipant votre cinéma. Vous n'avez jamais défendu la psychologie dans Les Cahiers et même vous avez défendu Renoir contre la psychologie, or vous écrivez que c'est un grand film psychologique. […] Sans compter le goût du complot, de la machination, et des jeux de langage. Enfin, c'est un film dont vous dites qu'il évoque plus le silence feutré des bibliothèques que l'ambiance des salles de cinéma.
Eric Rohmer – Le complot, c'est mon côté balzacien. On m'a comparé à de nombreux moralistes, des gens que je ne cultive pas tellement en général, Laclos, Marivaux, Jacques Chardonne, etc. Alors moi, je réponds : « Non, ce n'est pas cela, mes auteurs, ce sont Balzac et Victor Hugo. » Balzacien, oui. C'est-à-dire anti-existentialiste, contre le nouveau roman, contre des gens comme Moravia, Sartre, Beckett, etc. Dans les romans de Balzac, il y a des contenus de conversations, dans les romans du vingtième siècle, il y a des conversations mais pas de contenu, c'est entre les lignes que réside le sens : les gens disent des phrases plates. Deuxièmement, dans ces romans du vingtième siècle, les choses arrivent, on les subit, il n'y a pas de complot. Le complot est quelque chose de complètement démodé. Il n'y a pas non plus de psychologie. Mais moi, j'ai toujours été pour la psychologie. Dans ses derniers films, qui ne cessent de me ravir, Renoir prétend ne pas faire de psychologie, mais il ne faut pas le prendre à la lettre. Ça n'a rien à voir avec Antonioni, Wenders ou Buñuel. Contre la convention psychologique, d'accord. Contre la consistance psychologique du caractère, non. J'aime montrer à l'écran des êtres pensants, doués d'une « psyché ». Je crois toujours qu'un cinéma fondé sur une intrigue et des caractères est toujours moderne, sinon plus qu'un cinéma apsychologique et dédramatisé. C'est l'autre au contraire qui dans ces années 80 paraît être tout à fait à bout de souffle. »
(Entretien de novembre 83, in « Le Goût de la beauté »)
Here we are : 2005.
And qui a adapté Moravia, Chardonne, these last ten years, histoire de s'encanailler ?
2005-07-04 18:46:18
Quelqu'un qui est contre Moravia, Sartre et Beckett ne peut pas être tout-à-fait mauvais.
2005-07-05 10:10:12
tu coquilles, SKTN... Moi j'aime Sartre, suis-je mauvais ?
2005-07-06 11:10:00
hello, absent quelques jours de Paris, d'où mon silence...
Scanner > sages précisions en effet, bien sûr qu'il y a du psychologique chez Guiguet et dans le cinéma hollywoodien, naturellement...
sinon :
Chardonne : très mauvais film paternaliste (envers les ouvriers, le bon "peuple") de Assayas...
Moravia : j'avais gardé un bon souvenir de l'Ennui (n'oublions pas que Godard a lui aussi adapté Moravia, mais il est vrai qu'il est passé du roman de gare "intellectuel" à tout autre chose...)
2005-07-06 11:13:00
"contenu de conversation" vs "conversation sans contenu"...what a sens de la formule ce Rohmer!!!
en tant qu'anti-moderne (anti-moderne ou classique?), Rohmer ne peut pas aimer Beckett, c'est sûr; lui il est dans l'intellibilité du monde, il ne peut que détester l'absurdité de l'existentialisme...



