peindre, faire l'amour, avoir, gérer, posséder... | [ cinéma ] |
égoïsme
La joliesse de l'image masque à peine le kitsch incroyable de l'entreprise, que les deux frères filment sans recul, sans une once de critique sociale, sans ironie. Rêve hédoniste de bourgeois qui ont les moyens de l'être, hédoniste, parce qu'au fond l'argent n'est pas un problème. L'argent, c'est à dire le temps et l'espace. Tout le film ne raconte que ça : non pas l'accession à une liberté, loin des carcans idéologiques de la culture judéo-chrétienne, mais la maîtrise de l'espace et du temps, sur un mode incroyablement égoïste. Rarement j'ai vu film à ce point en dehors du monde, qui nie, refuse le monde tout en étant dans un rapport naturaliste aux choses.
campagne édenique
Martial me disait très justement que le choix de la campagne n'était pas innocent. Cette campagne là en tout cas. Pas un village avec son clocher, sa communauté, mais une campagne de toujours, immémoriale, a-culturelle. Raconter cette histoire dans cet Eden, c'est évacuer ce qui fait problème, c'est éviter la résistance par laquelle toute vie se meut. J'ai envie de dire qu'entre cette vision là et les riches américains qui se parquent d'eux-mêmes dans des Gated Cities, je ne vois pas la différence. C'est un idéal réactionnaire, ni plus ni moins. Il ne s'agit pas de vivre une passion que réprouverait la morale, ce qui signifierait faire acte politique, lutter pour son idéal contre tous, non, il s'agit de vivre cet idéal, protégé, à l'abri de toute forme de refus.
nature sans culture
Ainsi détaché des contingences, il ne reste que le souci de soi, dans ce qu'il a de plus égocentrique. Quel poids peut revêtir l'histoire d'une rencontre des corps dans un film à ce point décontextualisé? (rencontre des corps qui n'a d'ailleurs jamais lieu, les deux frères étant incroyablement pudibonds). On voit bien d'ailleurs où veulent en venir les Larrieu, avec ce couple, Adam et Eva (vous ne rêvez pas!), cet aveugle qui est dans la stricte perception charnelle, homme primordial qui rappelle à juste titre que les premiers hommes, dépourvus de feu, peignaient dans les grottes sans voir ce qu'ils peignaient. Retour à la nature, détachement de la culture, et donc accession à une "vraie vérité". Logique fallacieuse, pour ne pas dire douteuse, tout ça sous couvert de manières civilisées, sans violence.
renoirien?
J'ai lu ou entendu quelque part qu'on trouvait ce film "renoirien". C'est ne rien comprendre à Renoir, ne pas voir l'évidence : que chez Renoir, les classes sociales s'affrontent, comme les idées de chacun, et que bien souvent, dans la campagne, on tue la victime expiatoire, celle qui ne cadre pas avec l'organisation vertueuse de la société (La règle du jeu). Chez Renoir, nature et culture se cognent et se battent dans un implacable pugilat, même lorsque celui-ci revêt les habits de la comédie (Le déjeuner sur l'herbe). Chez les Larrieu chacun est à sa place, il n'y a pas de conflit. Voir ce plan ou Sabine Azema sort de son usine en disant au revoir aux ouvriers qui travaillent sagement. Ou cette phrase qu'elle prononce, mine de rien, lorsque décision est prise de partir dans "les îles" : "je revendrai mes part à mes ouvriers". Ce possessif, "mes ouvriers", les Larrieu ne s'aperçoivent même pas qu'il est infect, puisque pour eux la société ne fait pas problème. Ainsi le film entérine l'idée très cinéma français du partage du monde : aux riches les histoires d'amour, aux pauvres les histoires de galères (au passage, c'est pour cela que j'aime bien Douche Froide, parce que les parents du héros sont pauvres, ils galèrent, mais le plus important c'est que le cinéaste filme moins ça que leur histoire d'amour, avec humour de surcroit).
rencontre du "même"
C'est que, dans ce monde là, on ne fréquente que le "même". La très antipathique séquence avec Philippe Katerine et Hélène de Saint-Père en témoigne. C'est la rencontre avec d'autres gens "libres" comme eux. Pourquoi libres? Parce qu'ils sont indépendants pardi, c'est à dire qu'ils ne sont pas salariés, qu'ils vivent selon leur bon vouloir, eux aussi "en dehors". "Indépendants", précise la femme quand le mari a dit quelle était leur profession (graphiste). On imagine cette phrase chez Bunuel ou Oliveira (l'idée est de Martial), le plan forcément ironique que ça aurait été lorsque la femme prononce ce mot comme si c'était le sésame qui ouvre à la vraie vie. Ces bourgeois se croient libres parce qu'ils sont économiquement indépendants. C'est à tel point qu'il en devient obscène, cet hédonisme "indépendant".
gestion des affects
Mais surtout, cette séquence enfonce le clou. De la rencontre entre Daniel Auteuil et Sabine Azéma avec Amira Casar et Sergi Lopez, on aurait pu se dire : "parce que c'était eux, parce que c'était nous". L'idée que cette rencontre, cette tentative de dépasser les inhibitions et les barrières, était possible justement parce qu'elle était unique, exemplaire. Que c'est de là qu'on pouvait en tirer la beauté. Non seulement elle est reproductible, mais surtout, la fin entérine l'idée d'une gestion des affects. Ce n'était pas une passion qui animait Sabine Azéma et Daniel Auteuil. On le comprend lorsque finalement ils décident de ne pas vendre la maison : finalement on fait ce qu'on veut, rien ne nous empêche de faire des allers-retours, voilà ce qu'en substance ils se disent. Il n'est pas question d'engagement, pas question d'accepter un attachement qui pourrait risquer de les perdre, de plonger dans une passion même épanouie. Non, l'objectif final c'est de se dire que les personnages sont finalement maîtres de l'espace (où on veut) et du temps (quand on veut), et même des affects (avec qui on veut).
sens du poil
Aucune grandeur donc ici, mais aussi l'impression que les cinéastes participent à un grand mensonge pacifié et indolore. Leur liberté, la liberté, ne se gagne pas, ne se mérite pas, elle est un du, un avoir au même titre que leur maison. Elle se gère comme n'importe quel bien. Pire, elle est un confort de plus. Les Larrieu, sous couvert d'audaces, caressent les spectateurs dans le sens du poil, s'interdisant de plonger dans l'abyme en refusant d'accepter que la préservation de ses biens (ici la liberté) implique systématiquement la perte de quelque chose (puisqu'on ne s'engage sur rien), de la même manière que la passion implique toujours de se défaire d'une part de sa liberté. Quelque soit la solution choisie on n'en sort pas. C'est inextricable.
anti Truffaut
Pendant la projection j'ai ainsi pensé à Marie Jo et ses deux amours de Guédiguian, à Truffaut aussi, lorsqu'il fait Les deux anglaises et le continent ou La peau douce. J'aime ce côté bourgeois intègre de Truffaut, cette lucidité face au revers tragique de ces décisions. C'est pour cela aussi qu'il est un grand cinéaste (même s'il est de bon ton de dauber sur lui aujourd'hui), parce qu'il sait, mieux il avoue, que l'utopie se paye toujours en retour. Le choix "beurre et argent du beurre" des personnages de Peindre ou faire l'amour se fait sans amertume, sans la lucidité que tout choix engendre son revers, ses dommages collatéraux. Finalement, on n'est pas si loin du film publicitaire et de son idéal mensonger.
(rajout : ici)
(et aussi un texte de Z)
(pour mémoire : beau texte sur le Spielberg chez Z)
Commentaires
2005-09-17 18:23:39
Je partage votre dégoût pour ce film qui me semble symptomatique d'une certaine dérive du cinéma francais "regionaliste". A la décharge des Larrieu, le sentiment aussi que le film leur échappe, qu'une fois que leurs personnages se sont engagés dans cette histoire faussement subversive, il n'y a plus qu'à les laisser suivre le cours de leurs fantasmes etriqués (sans jeu de mots). Mais cette dérive est générale: même s'ils sont moins détestables, les derniers films de Guiraudie ou Caumon, autres cinéastes du terroir, recèlent paradoxalement (du moins dans le cas de Guiraudie) des aspects réactionnaires plutôt inquiétants. Faut-il être pour autant en colère puisque Peindre ou faire l'amour (pour ma part, j'ai choisi) est avant tout un film très bête?
2005-09-18 13:36:23
c'est vrai je préfère mon histoire de flics et de lesbiennes...Pour l'arrière plan social...
dans "peindre" La maison du film, et le côté oisiveté bourgeoise, la liberté dont jouissent les personnages empeche en réalité tout erotisme. C'est trop facile.
C'est vrai que ce film a quelque chose de symptomatique, c'est aussi qu'à force d'évacuer le "social", le "psychologique" qui sont devenus des espèces de tabous, on se trouve face à un cinéma d'auteur qui se désincarne un peu, tourne à vide (surtout dans ce film, mais on pourrait si on veut faire le même reproche au film de Caumon- quant à Guiraudie, je crains qu'il soit en train d'exploiter son folklore de la pire manière qui soit, enfin, j'ai pas vu le denrier mais celui d'avant montrait qu'on peut avoir du talent et se retrouver dans une sorte d'impasse artistique)...
c'est intéressant cette "dérive"...d'où partir pour un sujet de film, c'ets tout le problème. le cinéma régional croyait y avoir répondu, chacun filmant son lopin de terre, mais au final, et ben, ca pose problème, la cinéma est une force qui entraîne, déracine...d'ailleurs on peut faire le parallèle avec le caumon où il est aussi question d'une maison achetée par des citadins...le problème, c'est que tous les acteurs sont parisiens....
2005-09-18 14:00:52
Dr No > je ne suis pas sûr de vous suivre sur le dernier Guiraudie (que j'aime bien, mais je suis un ds seuls j'ai s'impression)...en quoi vous semble t'il réactionnaire? Du'est-ce qui m'a échappé...?
GrB > oui, c'est juste ce que tu dis, l'érotisme vient aussi d'une notion de risque...
filmer son lopin de terre, au fond ce qui est terrible c'est qu'on a du mal à dépasser cette antienne, même chez les cinéastes parisiens, je crois que c'est difficile, comme si ça faisait partie d'un inconscient collectif difficile à dépasser...
2005-09-18 16:46:02
(...) > Réactionnaire, le terme est sans doute un peu fort concernant Guiraudie, je le reconnais. Cela dit, j'ai eu le sentiment, en voyant son film, que la volonté de regrouper les forces populaires face aux institutions bourgeoises (la séquence sur la place du village où le protagoniste s'oppose aux intentions du maire, si mes souvenirs sont bons) tenait du voeu pieux et qu'en réalité l'individualisme apparaissait comme la seule issue possible. Pour preuve, l'échec des amours du protagoniste (son nom à coucher dehors m'échappe, pardonnez-moi) et du directeur de l'agence bancaire. Satisfaire le désir de ce dernier aurait montré une meilleure compréhension des rapports de classe dans ce qu'ils sont devenus. C'est à dire que le discours "prolétaires de tous les pays unissez-vous" est aujourd'hui dépassé (continuer de le revendiquer est ce qui me semble, au fond, non pas réactionnaire mais rétrograde). Affirmer, au contraire, l'importance de s'unir (affectivement et sexuellement dans le film, mais le sous texte n'aura échappé à personne) entre classes pour s'opposer aux dictateurs de tous poils (ce qui est sympa, chez Guiraudie, c'est qu'il y a des poils) aurait été une véritable audace, et en tout cas plus en phase avec les problématiques actuelles. Deux questions se posent alors: n'est-ce pas ce qui nous a conduit à élire l'actuel président (union des citoyens contre Le Pen)? Et, surtout, le cinéma politique a-t-il encore lieu d'être? (contrairement à ce que pense Z, je crois qu'il a existé et montré une certaine utilité, chez Boisset par exemple, dans L'Attentat ou Le Juge Fayard, quoi que l'on pense des qualités artistiques de ces films, des films comme on n'en fait plus et je le regrette).
GrB > Vous préparez un film sur l'affaire des lesbiennes et des flics? Voilà qui est très intéressant...
2005-09-18 18:17:51
"des films comme on en fait plus"... on a pas entendu ça au pires heures du masque et la plume...DrNo vous voulez mettre Alain Riou à la retraite?
La politique est passé à la télé...le film d'A.Tasma sur les ratonnades...Boisset remarque c'était déjà de la télé...
(je me demande si ça à pas à voir avec le fait que la france vote à droite...la michel druckerisation du monde)...
le Vecchiali est politique non?
2005-09-18 18:25:48
Deux choses :
Sur le Larrieu, une chose me chiffonne depuis plusieurs années (une dizaine pour être précis) dans la co-production française, c'est justement l'implication des régions dans le financement et qui oblige les réalisateurs a se plier scénaristiquement à des péripéties souvent hors de propos avec le sujet du film. Ce qui saute aux yeux souvent dès la lecture du générique quand on voit les co-producteurs.
On constate d'ailleurs les mêmes méfaits dans les co-productions internationales, où les réalisateurs étrangers sont obligés de créer des passages en France qui n'ont souvent pas de liens naturels avec le scénario.
Ceci semble être le cas par exemple du dernier Hiner Saleem avec le passage final parisien (mais je n'ai pas encore vu le film).
Le seul beau contre exemple à cela qui me vient tout de suite à l'esprit c'est Et là-bas quelle heure est-il ? de Tsai Ming-Liang, qui as su dès l'écriture du scénario, le construire autour de cette contrainte et en débouche une idée poétique magnifique. Mais les réalisateurs français n'ont que rarement ce talent.
Ce qui explique pour les Larrieus l'ancrage dans cette campagne bobo... qui ne savent pas en sortir.
Mais ça n'excuse pas le film d'être raté et donc je suis d'accord avec tous les points soulevés par J(...)-S(...) et en effet c'est une belle campagne publicitaire pour le Vercors (très souvent magnifié par le cinéma français ces dernières années).
Sur le Guiraudie, je pense que le principal problème du film est d'être foutrac dans le mauvais sens du terme. Guiraudie a voulu faire une synthèse sur la longueur de ces deux premiers moyens métrages, mais la greffe ne prend pas. La révolte et le surréalisme de Du soleil pour les gueux et la beauté presque vénéneuse de Ce vieux rêve qui bouge n'arrivent pas à se mélanger de manière stable, mais cela semblait très improbable.
C'est pourquoi il vaut mieux préférer indépendament ces deux premiers films assez réussis et oublier le dernier, en esprérant qu'il saura trouver une issue à cette impasse créatrice.
J'ajoute, puisque je viens de lire GrB : le Vecchiali est execrable visuellement, et politiquement il ne vaut rien, car il ne dit rien des vrais méfaits du CNC sur la production (voir ci-dessus) et sur l'exploitation (favorisation des multiplexes face aux petites salles), j'aurais beaucoup de choses à dire sur ce sujet et bien plus polémiques que sa pôchade sur la commission d'avance sur recettes...
2005-09-18 19:38:25
GrB > je ne comprends pas bien de quoi vous parlez en ecrivant "je me demande si ça à pas à voir avec le fait que la france vote à droite...la michel druckerisation du monde". Pourriez-vous preciser votre pensee? C'est quoi, le "ça" en question?
Par ailleurs concernant ce que je regrette du cinema de Boisset (qui, en effet, continue a la tele, voir son interessant docu sur Bush passe sur Arte il y a quelques mois, Le Pantalon ou encore son telefilm sur l'affaire Dreyfus) c'est sa proximite avec les evenements denonces (Le Juge Fayard, realise quelques mois a peine apres l'assassinat du juge Renaud), certes sans finesse mais avec un manicheisme qui me parait tres sain (je pese mes mots).
Phil > je vous trouve un peu dur avec Vecchiali, sur le fond du moins. Il n'aborde pas tous les effets pervers du fonctionnement du CNC, mais il faudrait une fresque pour cela...
2005-09-18 20:34:06
par "ça" j'entendais le fait que le cinéma français ne s'intéresse pas beaucoup à la politique.
par contre, Michel drucker invite dans son émission une personnalité UMP tout les dimanche.
2005-09-18 20:59:36
Yves Boisset, cinéaste politique ? Vous n'y allez pas avec le dos de la cuillère.
Etre un cinéaste manichéen peut changer l'esprit des gens peut-être pendant 5 minutes et puis basta. Boisset m'a toujours paru le type même de cinéaste pour émission télévisée de débats (Les Dossiers de l'écran pour ceux qui ont connu). Je m'étonne qu'il ait (encore) des admirateurs nostalgiques.
2005-09-18 21:22:13
Pas d'accord, encore une fois, nonobstant la médiocrité artistique de bon nombre de ses films (c'est un gros nonobstant, je vous le concède), Le Juge Fayard, L'Attentat et peut-etre surtout R.A.S. ont été salutaires. Le style coup de poing de Boisset, certes parfois à la limite du poujadisme, avait le mérite de mettre les élites qui nous gouvernent en porte-à-faux (bien plus que Costa-Gavras, que notre hote decriait à juste titre en réponse à un commentaire de ces derniers jours).
Mais qui, aujourd'hui, oserait faire un film sur Sarko? Guédiguian? Laissez-moi rire!
Alors bien sur, le cinéma, ce n'est pas ça, ce n'est pas une thèse, ce n'est pas du journalisme, le cinéma qui pense me gonfle tout autant qu'il vous gonfle sans doute. Mais en même temps, son efficacité est indéniable. Ou l'était en tout cas. Aujourd'hui, c'est plutôt du côté de la télé qu'il faut espérer le politique, GrB a raison sur ce point.
Tout cela ne nous éloigne pas tant que ça des Larrieu qui, a contrario, se situent dans un déni du monde tel qu'il est.
2005-09-18 22:51:38
Pour le CNC, Vecchiali n'aborde aucun point, il fait juste sa petite vengeance perso parce que le CNC n'a pas voulu aider son film (voir le "gag" sur le générique de fin), comme un enfant qui piquerait sa crise parce qu'on n'a pas voulu lui acheter son jouet...
En quoi cela est une dénonciation du système ??
Il n'évoque même pas l'hégémonie de la commission, la quasi impossibilité de financer un film sans cet accord de l'avance sur recettes, le copinage, le nivellement par le bas en n'accordant que des gros budgets (forcément consenuel puisque produit par les télés), et j'en passe et des meilleurs.
Voilà autant de sujets que Vecchiali aurait dû traiter.
Mais non il fait un petit réglement de compte qui ne parle pas aux spectateurs, la preuve pendant la projection plusieurs sont partis bien avant la fin, ne se sentant pas concernés, les autres ayant la mine dépité au rallumage de la salle.
J'attendais un peu mieux de quelqu'un qui se revendiquait en révolte, quelque chose de plus universel.
La seule reflexion qu'on se fait au sortir de la salle, c'est que finalement ils ont bien fait de lui refuser les financements (ce qu'on se dit aussi à la sortie de beaucoup de films, les Larrieus entre autres, qui a bien pu financer ceci, il y a un vrai manque de travail des producteurs...), ça n'en méritait pas tant !!
2005-09-19 18:30:18
perso, Yves Boisset c'est pas ma tasse de thé...je ne suis pas ^sur qu'ils soient si "politiques" que ça...il me semble qu'ils flattent plutôt une sorte d'instinct du "tous pourris"...mais bon, je n'ai pas revu ses films depuis des lustres...
2005-09-19 19:15:54
Tous pourris? Mais le pouvoir corrompt, vous n'y pouvez rien...
Par ailleurs 1: le cinéma français a toujours manqué d'un Francesco Rosi ou d'un Elio Petri. Boisset, à sa manière moins subtile et dénuée de toute vision esthétique, a rempli leur rôle (on pourrait aussi évoquer Verneuil (oui je sais, ce n'est pas dans l'air du temps) et l'altermondialiste Mille milliards de dollars ou l'excellent I comme Icare). Si vous en avez l'occasion, revoyez Le Juge Fayard.
Par ailleurs 2: Je serais curieux de savoir quels sont, parmi ceux qui dénigrent Boisset, ceux qui ont une carte d'électeur et, mieux encore, qui s'en servent.
2005-09-19 20:08:03
bien vu ta critique JS. "Je vais vendre mes parts à mes ouvriers" est non seulement obscène mais aussi complètement irréaliste...
2005-09-20 02:15:53
JS, Vous avez pensé à Truffaut en voyant ce film, moi aussi figurez-vous. Et à Antonioni aussi. Ce que vous dîtes de Truffaut s'applique à Antonioni. ma première reaction face à ces cinéastes (enfin surtout Antonioni, j'ai tendance à un peu "dauber" Truffaut) a été de me dire : c'est insupportable de filmer les bourgeois ainsi, avec une telle complaisance. Mais en revoyant ces films une seconde fois, j'ai complétement changé d'avis : sans être ironique, sans être cynique, Antonioni parvient à être lucide avec les bourgeois. Il est juste, ni complaisant, ni déguellasse. Ca m'a eclaté au visage en voyant Eros, et en revoyant sa premisce, Par delà les nuages.
POur tout vous dire, je me dois de replacer la vision des films dans leur contexte. Je vois Eros, j'adore (vous avez lu ma critique). Je vois Peindre, je suis très mitigé, je me dis "c'est bien beau, mais il est complaisant avec ses personnages. Finalement c'est l'anti-eros" POur le reste je souscris complétement à vos remarques (sur la scène finale, sur la remarque des ouvriers). Enfin, je revois ¨Par delà les nuages ce week end, et là, gros doute. Si vous avez ce film, vous ne me contredirez pas : à priori c'est une grosse daube, une insulte même. Entendre Fanny Ardent entourée de tous les acteurs ringards des 90's (Jean Reno, Malkovitch, Marceau, j'en passe et des meilleurs) déclamer "je te préviens, c'est moi ou elle", en cassant un vase par terre, avec une musique de Van Morrison en fond, c'est à mourrir de rire. Mais je me dis que c'est impossible, que Antonioni n'a pas pu faire ça, que c'est la faute à Wenders, etc...
Et là, la scène clé : le grand Marcello qui retrouve sa compagne de La Notte sur une colline. Il peint une croute, un paysage ignoble avec 2 centrales nucleaires au milieu, une copie d'un cezanne, actualisé par l'ignole de notre propre monde.
Jeanne Moreau l'interpelle et lui dit : "pourquoi avons nous besoin de toutes ces copies ?"
Marcello lui répond :
"vous savez, je pense que quiconque recopie le tableau d'un grand artiste a une chance de recopier l'acte d'un grand artiste. Et retrouver le geste d'un génie me procurera plus de satisfaction que n'importe lequel de mes propres coups de pinceau."
Outre le fait que Antonioni vient de résumer la problématique de l'art ces 30 dernières années, il signe par cette séquence sublime son véritable testament (Eros n'en est qu'un post scriptum, une revisite baroque, rococo même). Or de quoi parle Par delà les nuages ? De peindre et de faire l'amour. bon surtout de faire l'amour j'en conviens, mais le cadre est parsemé de tableaux...
POur en revenir au film qui nous intéresse, je me demande en fait si les frères Larrieu sont à prendre au 1er degré. Demis Roussos ? Je réponds Van Morrison. On ne peut filmer serieusement un paysage avec Demis Roussos en arrière fond (apparté : j'ai vu dans la BA que HHH utilisait une musique de Demis Roussos dans Three Times, MON DIEU !!!). Pas plus qu'on ne peut filmer une scène d'amour avec Van Morrison ! Vous suivez ?
Du coup, le regard des Larrieu sur ce couple, ignoble comme vous le soulignez, ne serait-il pas lui aussi ironique ? L'ironie que vous pretez à Spielberg sous pretexte que son dernier plan est un immense cliché, pourquoi ne pas la prêter aux Larrieu ?
Je ne suis sur de rien, en fait j'aimerais revoir le film pour savoir s'il contient la clé de mon hypothèse, où si c'est juste moi qui fantasme à partir de ma haine de Demis Roussous, Van Morrisson et John Malkovitch :)
Pardon pour ce commentaire un peu long...
2005-09-20 02:20:49
J'ajoute une chose : Peindre ou faire l'amour serait peut etre un remake de Par dela les nuages.Un remake vulgaire mais juste, comme la croute de Mastroiani, par sa laideur, restitue la laideur de notre monde.
2005-09-20 03:08:47
Ah, et une dernière chose : vous n'étes pas le seul à avoir aimé le guiraudie. Pour moi, le meilleur film français de l'année. Je trouve que ceux qui font la fine bouche, ben font la fine bouche justement. En même temps j'ai pas vu les 2 moyens métrage, juste le long précédent.
Mais vos arguments me font penser à ceux des anti 2046. Moi ça me gene pas si un auteur fait et refait le même film. D'autant plus que là, dans le film, Guiraudie qu'il ne recommencera plus. Ce n'est qu'une interprétation, mais pour moi, le vieux mecanicien qui monte sa machine bizarre, c'est sa propre projection. Cette machine, avec ses bidules et ses machins qui tiennent on ne sait comment, c'est exactement le film. Et la mort du vieux en plein orgasme signifie que Guiraudie, désormais qu'il est allé au bout de son obsession, qu'il a atteint l'orgasme cinématographique avec ce film, peut mourrir tranquille. Et revivre tout beau tout neuf :)
Je me fous de savoir si cette interprétation est tirée par les cheveux ou pas, moi ça me plait de voir ça dans le film, na.
2005-09-20 03:10:15
désolé pour les fautes et la formulation un peu approximative, il est tard...
2005-09-20 09:55:21
Comment osez insulter Van Morrison, une des (voir la) plus belle voix du rock et du blues !!!
Et l'associer à Demis Roussos, c'est vraiment pousser le bouchon très loin par delà les îles (grècques et irlandaises...)
Je ne me souviens pas d'avoir entendu du Demis Roussos dans le dernier H.H.H., mais ce n'est pas impossible, ces asiatiques sont friands de sirupades chantées...
D'ailleurs, j'aime énormément 2046, NA !! (qui à mon sens n'a pas tant à voir que cela avec In the Mood for love...).
Mais je persiste à trouver plus que bancale la construction de Guiraudie, pour suivre votre métaphore, à mes yeux elle s'est même cassée la figure, comme ces jeux de notre enfance où il fallait empiler jusqu'à la chute finale des morceaux de bois de formes incompatibles, et c'est un peu ça, le film de Guiradie, à force d'empiler n'importe quoi ça finit toujours par s'écrouler...
2005-09-20 11:49:33
Je suis plutot d'accord avec Raqi sur l'ironie. Le film, certes, manque cruellement de distance critique, mais il a une ironie, bien malheureusement. Pas juste un premier degré, donc. Mais pas d'humour. L'ironie ici est malvenue, car elle n'est pas féroce, elle est légère, elle protège, et nous berce dans un semblant de distance propre à la petite-bourgeoisie. Le film s'adresse aux électeurs de droite (et au CNC, à ses producteurs, aux commissions régionales, ce qui revient au même), et ce faisant troque le "comment ca se passe" pour un "ca se passe", avec argent, ou sans, les larrieux s'en foutent, les echangismes se font entre nous, l'argent circule entre nous, le film se fait entre nous. Mais pas avec le spectateur (de gauche (si ca veut dire encore quelque chose)).
Bref, le film jongle entre sa bêtise bienvenue pour la vente (premier degré), et sa caution d'auteur (deuxième degré) qui fait semblant de penser, et aussi bon pour la vente désormais (spectateur bobo). Un entre-deux fatidique, esthetiquement nul, et moralement dégueulasse (cf les ouvriers, qui devraient aller déchirer la pellicule dans n'importe quel UGC, s'ils en avaient les couilles, mais on ne fait plus ca aujourd'hui, le cinema, ca passe, et puis voila, ca n'a plus d'importance).
Le spielberg n'est pas ironique, lui, mais éleve son film à une distance telle qu'on peut difficilement n'y voir que des clichés.
Au moins, le film n'est absolument pas naturaliste, au contraire d'autres...
"Le cinéma substitue à notre regard un monde qui s'accorde à nos désirs", comme dit Jean-Luc. He bien, le désir des Larrieux, ça fait peur (et cela nous guette, politiquement).
2005-09-20 12:50:24
1) Tout cela semble fort passionnant. Je dis semble car JS il faut absolument que tu fasses quelque chose quant à la typo des commentaires (beaucoup trop petite)..vraiment trés difficile à lire.
2) Que lon en arrive à faire l'éloge de Boisset qui était déja du sous-Cayatte est assez désespérant.
3)"Le cinéma etc...." ce n'est pas du JLG mais du Bazin.
2005-09-20 13:56:09
Martial, nous avons vu la même chose alors, mais n'en tirons pas les mêmes conclusions.
Je passe sur le procès d'intention que vous faites au Larrieu, et les digressions kuhetiennes sur le CNC, le système pourri, etc, qui ne m'intéresse pas beaucoup.
La question "comment filmer des personnages détestables ?" me taraude depuis quelques temps. Et je crois que je n'aime définitivement pas l'ironie "féroce" comme vous l'appelez. L'écrivain dans Gertrud de Dreyer (Lindman je crois)a cette très belle phrase (ou quelqu'un l'a a propos de lui) : "toujours ironique, mais jamais d'ironie mordante". Cette vision, dans laquelle Dreyer se projette d'ailleurs, me plait beaucoup. Je n'ai jamais aimé les cinéastes qui faisaient leurs films au dépend de leurs personnages, qui s'assoient dessus pour bien montrer qui c'est le chef et qui c'est le plus malin. Ce jeu, pratiqué par Solondz, Haneke, Chabrol, Eastwood par moment, m'insupporte. Ce sont eux les vrais bourgeois, les cinéastes capables de voir le monde de cette façon, avec suffisance. Les grands cinéastes ont toujours su montrer leurs personnages, même les pires, sous un angle positif (cf Mitchum dans La nuit du chasseur), sans pour autant tomber dans la démagogie d'un Paul Haggis (cf, l'affreux Collision).
Si on hait ses personnages, c'est pas la peine de les filmer. Je n sais plus où j'ai lu que ce film était un oasis dans le cinéma français dans la mesure où, pour une fois, le film accomplit son programme, ne cherche pas à jouer au plus malin (cf le nouveau conformisme anti-psychologique de Lemming et la Moustache _ films qui me plaisent par ailleurs). Le film est le déroulement du premier plan, sans virage. C'est à la fois sa force (son originalité) et sa faiblesse (sa déception). Rien à gratter sous le couple bourgeois : les bourgeois sont des gens comme vous et moi, point. J'ai hate, ou plutot pas, de voir le prochain Haneke car il parle de ça...
Les Larrieu se tiennent à bonne distance de leurs personnages. Ils ne sont pas dans l'empathie, ni dans la description au vitriol. Il laisse le spectateur juge. Et j'ai aimé cette forme d'ironie, douce.
Cela dit, je ne trouve pas que ce soit un grand film, pour les raisons evoquées par JS : cette phrase sur "mes ouvriers" qui me reste en travers de la gorge, la dernière scène qui fait du film un ridicule éloge de l'échangisme, alors que le film aurait pu parler de désir, tout simplement.
2005-09-20 16:23:51
Tlön > Vous avez mal lu (la faute aux petits caractères sans doute), car je n'ai pas fait l'éloge de Boisset, j'ai parlé de son utilité. Et je suis d'accord avec vous: Cayatte, c'est beaucoup mieux.
2005-09-20 18:56:53
quelle loghorrée...!
Raqi > il n'y a pas d'ironie dans le dernier Spielberg, il y a une multiplicité du sens, entre le scénario et la mise en scène, c'est à dire que la mise en scène dit des choses que le scénario ne dit pas...
quant aux Larrieu, oui, il y a peut-être une ironie douce, mais elle est tellement bienveillante, pour ne pas dire complaisante, qu'elle me semble en pleine empathie avec les personnages...
et pusi dans le regard d'un cinéaste, il y a son regard sur les personnages, et il y a son regard sur le cadre plus large dans lequel sont enchassé les personnages; les Larrieu à mon avis n'ont aucun point de vue sur ce cadre, c'est cela qui me dérange...
concernant Chabrol que j'adore, je dirais qu'il est moins ironique que cruel, Chabrol c'est vraiment du cinéma de la cruauté...s'il n'était qu'ironique, en effet, il serait inintéressant...or ses personnages ne sont jamais condamnés, ils sont simplement décrits comme malades, symptômes d'une société elle-même malade...et puis davantage que de l'ironie, il y a de l'humour, de l'humour méchant, rageur...
par ailleurs, à ceux qui auraient vu le nombre de commentaire diminuer, je précise que je n'ai pas fait de censure, j'ai simplement retiré les doublons...
2005-09-21 03:19:07
(...) > Votre synthèse de Chabrol me semble assez juste. En fait, un cinéma bourgeois, mais qui crache dans la soupe. Plus de couilles que Truffaut en tout cas (puisque vous en parliez plus haut), mais ils n'avaient pas les memes objectifs, sans doute.
2005-09-21 11:40:33
Truffaut est un sentimental, mais il est profondément honnête, il ne va pas jouer à "vendre ses parts à ses ouvriers"...
sinon, Tlön, la police de caractère des commentaires est désormais plus grande...c'est mieux non? (et plus lisible)
2005-09-21 16:27:30
Lisible je ne sais pas!!! mais visible oui
2008-01-04 04:19:11
Gosh ! Je relis ton post (linké par kuhe) et me dis "il avait tellement raison js"...
puis je relis les commentaires et découvre, stupéfait, ces commentaires (atroces) que j'avais laissé à l'époque et complètement oublié !
Je n'ai pas revu le film mais je suis obligé de faire mon mea culpa :)
a demain (et merci Z.)



