Pialat fantastique | [ cinéma ] |
Qu'a t-il pu se passer - sinon peut-être les fameux documentaires turcs - pour que Pialat choisisse unilatéralement le naturalisme des corps et des situations plutôt que d'exploiter cette prédisposition pour le réalisme fantastique? Dans Ombre familière ou L'Amour existe, les lieux sont encore des personnages, ils drainent un imaginaire invisible fait de solitude et d'oppression. Il y a du vide là où dès son premier long métrage, L'Enfance nue (1968), il n'y aura que du plein, des corps, une certaine rugosité. Ici le décor préexiste à l'humain, existe en dehors de lui (la piscine d'Ombre familière qui semble détenir un pouvoir), ailleurs c'est l'humain qui déterminera le cadre avec trivialité, qui donnera son allure aux lieux. Le commissariat de Police par exemple, s'il est incroyablement présent, vit la vie que veulent bien lui donner les personnages. Dans L'Amour existe, la voix off vient parfois peupler de fantômes un banc inoccupé, une place vide, un immeuble désert. Il s'y dégage une sorte d'effroi qui n'a rien à voir avec le mouvement de la vie, le trop plein vital de ses longs métrages, mais qui a trait à la disparition des choses et des corps, la mort, l'invisible. L'Amour existe navigue entre deux eaux, entre le cru et le poétique, pas très loin d'un Franju, en particulier lorsque celui-ci réalise Le Sang des bêtes. Il n'est pas encore "réaliste", il n'est plus tout à fait "fantastique", il est au milieu du gué, c'est aussi pour cela que le film est magnifique.
Reste le cas de Sous le soleil de Satan, qu'il faudrait revoir, même s'il ne me semble pas que les lieux y aient un tel pouvoir de suggestion et si, au delà du mysticisme chrétien qui irrigue le film, c'est encore une histoire de corps (à corps).
ps : on peut écouter ici, l'émission qu'Hélène Frappat a consacré à Diagonale, la société de production de Vecchiali, et à Jean-Claude Guiguet (ne pas manquer, en particulier, le magnifique texte de Camille Nevers sur JCG qui vient clore l'émission dans un bel hommage)
Commentaires
2005-10-25 18:33:02
Are u talking about you ?
Texte prophétique ?
2005-10-25 22:44:03
Deux fois j'ai pu voir "L'amour existe" à la télévision (sur Paris Première, il y a quelques années). Très frappé effectivement par son décalage avec les autres films de Pialat : pas du tout cette espèce de mépris cultivé par la suite.
2005-10-25 23:13:43
Tlön > que vas-tu chercher là!!? :-)
rom > vous trouvez vraiment qu'il y a du mépris cultivé chez Pialat?!
2005-10-26 14:50:15
Beau texte...
L'amour existe...j'ai le souvenir d'
un film profondément mélancolique où
une voix off se charge de combler,
de peupler le vide présent à l'image.
Là il me semble que le son permet de faire figurer ce qu'il n'y a pas à l'image.
Si par la suite, les films de PIALAT
sont effectivement peuplés, il y ait aussi beaucoup question de solitude,
de personnages en quête de...bien
que présent physiquement à l'image,
ces personnages en sont aussi
quelque part absent.
Le corps ( à corps ), l'éclat est
ainsi une manière de revenir à ce présent,de signifier leur existence,
comme chez Cassavetes ( Faces,
minnie and Moskovitz...), mais il
ne s'agit là que d'irrésolue,
d'équilibre précaire...
Ainsi, L'eden constitué par le
village de la Maison des bois est
menacé, la guerre se rapproche, qui
finit par déposséder ces personnages
de leur présent ( leur existence )
en les précipitant dans le tourbillon de l'Histoire.
Il faut attendre le Garçu, film qui
sonne la réconciliation des
personnages ( de PIALAT ) avec le présent des choses, à travers cet
enfant ( le sien )
Voilà quelques impressions...sans
aucune certitude...
Bonne continuation
2005-10-26 14:53:06
Mes excuses, je n'ai rien compris à la mise en pages...je débute !
2005-10-26 21:19:49
ECouté l'émission lundi soir. Frappé par le fait que Vecchiali a me semble t-il le même timbre et le même phrasé que Daney .
2005-10-27 01:18:53
je n'avais pas remarqué tiens, c'est pas faux...(et puis j'aime bien le fait que aies été "frappé"!!)
2005-10-27 09:35:23
Elle a une voix assez frapppante
2005-10-27 14:24:38
Je me suis mal exprimé : Dans "L'amour existe", il n'y a pas cette espèce de violence brute, de "mauvaise tête" (je ne trouve pas le terme exact) qu'il y a dans beaucoup de ses longs métrages (ceux des années 70-80)...
2005-10-27 15:39:35
oui, c'est juste, il n'y a pas cette "mauvaise tête" comme vous dites, mais il y a de la rage quand même, en tout cas dans "L'Amour existe", une révolte d'écorché vif qui cotoie aussi une certaine douceur...
2005-10-27 16:35:59
misanthropie est peut-être le terme exact ?



