22.2.2006

un détail

[ cinéma ]
Il y a ce moment dans Walk the Line, où June Carter apprend à pêcher à Johnny Cash. Plan serré, filmé en longue focale (fond flou). Ce plan, se dit-on, en évoque un autre où on voit Cash de dos, sa guitare en bandoulière, face à un public, lui aussi flou du fait de la longue focale. On y pense immanquablement. On se dit tiens, le plan qui va suivre, c'est forcément un plan de concert. Puis, avant que le plan de pêche se termine, la musique apparaît, comme une sorte de transition smooth avec le plan qui va suivre, effectivement un plan de concert filmé en longue focale. Je me dis que c'est peut-être ça l'académisme, une forme sur laquelle le spectateur a de l'avance, une forme qui prééxiste au travail de l'imagination. Et aussi cette volonté d'arrondir les angles, de mettre la musique en amorce du plan suivant pour ne pas bousculer le spectateur. Mais les américains sont forts : même dans un film aussi ronronnant que Walk the Line, il leur reste les acteurs et la culture, une culture vivante et ancrée (la musique) pour nous émouvoir.

ps : par ailleurs, le plus beau film sur Johnny Cash est un clip, celui de sa chanson Hurt. Un biopic de quelques minutes à peine, travaillant la béance et l'ellipse comme le film ne sait pas le faire, comme aucun biopic cinématographique ne saura sans doute jamais le faire.



Commentaires

.Moland.Fengkov. - http://moland.kaywa.com
2006-02-22 15:34:36

si je puis me permettre, S. en avait parlé ici :

http://contrechamp.kaywa.com/p395.html

(...)
2006-02-22 15:45:05

ah, j'avais oublié...je répare cet oubli...

sandrine
2006-02-22 19:53:03

Bah, non : il n' y avait rien à réparer. Je trouve rigolo le jeu d'échos. Et puis, je suis contente que tu entérines une intuition ancienne. Ce clip est déchirant.
Très beau ce que tu dis sur cette sorte d'enchaînement ritualisé des plans.
Pas encore vu le Mangold mais j'aime beaucoup Heavy.

Hyppogriffe
2006-02-22 19:54:48

"Mais les américains sont forts". Oui, bon, on ne va pas se le répéter mille fois non plus. Là-bas c'est l'industrie + le goût du spectacle + des acteurs et des techiciens qui travaillent au lieu de ronronner entre bourgeois comme dans les gros films français. Certes, mais tout de même: quelle dégringolade entre, disons, "Elle et lui" et "Walk the line" (dans le genre "film où le couple n'arrive pas à se former"). Constater cette dégringolade, c'est mesurer dans combien de temps il n'y aura vraiment plus rien de bon à tirer du cinéma US.

Hyppogriffe
2006-02-22 19:55:48

"Mais les américains sont forts". Oui, bon, on ne va pas se le répéter mille fois non plus. Là-bas c'est l'industrie + le goût du spectacle + des acteurs et des techiciens qui travaillent au lieu de ronronner entre bourgeois comme dans les gros films français. Certes, mais tout de même: quelle dégringolade entre, disons, "Elle et lui" et "Walk the line" (dans le genre "film où le couple n'arrive pas à se former"). Constater cette dégringolade, c'est mesurer dans combien de temps il n'y aura vraiment plus rien de bon à tirer du cinéma US.

Hyppogriffe
2006-02-22 19:59:20

"Mais les américains sont forts". Oui, bon, on ne va pas se le répéter mille fois non plus. Là-bas c'est l'industrie + le goût du spectacle + des acteurs et des techiciens qui travaillent au lieu de ronronner entre bourgeois comme dans les gros films français. Certes, mais tout de même: quelle dégringolade entre, disons, "Elle et lui" et "Walk the line" (dans le genre "film où le couple n'arrive pas à se former"). Constater cette dégringolade, c'est mesurer dans combien de temps il n'y aura vraiment plus rien de bon à tirer du cinéma US.

Hyppogriffe
2006-02-22 20:00:18

Désolé pour la redite, ça fait ça à cahque fois que j'actualise...

(...)
2006-02-22 20:11:17

Hypogriffe > je suis assez d'accord sur cette histoire de couple, effectivement au regard de "Elle et Lui" c'est très faible...après sur cette question du couple qui n'arrive pas à se former, on m'a conseillé un film paraît-il très réussi (je voulais le voir et l'avais raté à sa sortie) : "7 ans de séduction" ("A Lot Like Love" en vo) avec Ashton Kutcher et Amanda Peet...bon, en même temps je ne l'ai pas vu, difficile d'argumenter (et puis il y a eu "40 ans toujours puceau" d'une certaine façon sur le sujet, même s'il est difficile d'égaler la mise en scène de Mc Carey...)...

Sandrine > effectivement le clip est bouleversant, c'est assez rare une telle émotion, je veux dire un tel sentiment de tragédie, du temps qui passe, du gouffre qui nous aspire, tout ça dans un clip...généralement les clips sont plus ludiques, intellectuellement excitants, mais j'ai rarement ressenti une telle émotion (qui tient aussi beaucoup à cette sublime chanson, évidemment...)

Tlön
2006-02-22 20:17:27

Le clip est visible sur Your Tube
http://www.youtube.com/watch?v=sv4vP-eT7A0&search=johny%20cash

Hyppogriffe
2006-02-22 20:41:07

Je voudrais dire, quand même, que l'histoire d'amour est ce qu'il y a de plus beau dans "Walk the Line" (plus beau que le show-bizz, la drogue et l'Oedipe, fausses routes), mais que ça ne marche que sur le désir de lui pour elle et son refus systématique à elle, alors que dans "Elle et lui" (n'importe laquelle des deux versions) intervenaient la pudeur, le destin, l'orgueil... Et puis le couple avait déjà partagé un moment, chez sa mère à "lui", tandis que dans "Walk the Line" on est tout de suite dans le fantasme: de la star qu'on entendait à la radio petit, de la tournée sans fin à travers l'Amérique, de l'infidélité... Cela dit, quand la musique est belle et qu'elle exprime les sentiments des personnages mieux qu'ils ne sauraient le faire, c'est déchirant.

pola girl
2006-02-23 01:58:19

C'est vrai que le clip est sublime, je le découvre à l'instant. Vrai aussi qu'on peut se dire : à quoi bon le film quand on a un clip comme ça ? Mais la pierre qu'apporte le film, c'est June Carter. Mêmes initiales mais moins connue, moins monumentale. Donc matière à cinéma idéale. Pour moi le film est tout entier contenu, et ses défauts tous oubliés, dans les nombreuses scènes de concerts à deux, dans ces dix ans passés à s'aimer "en silence" et en chantant, à s'aimer devant des milliers de personnes, cadrés de dos et de tout près, isolés par le halo des projecteurs. Là, ça brûle brûle brûle. Et le petit menton pointu de Reese Witherspoon y est pour beaucoup.

crying queen
2006-02-23 12:59:09

Vous n'avez pas honte de me faire pleurer à 2046 du matin ??
Je suis entièrement d'accord avec S.: une nostalgie puissante déborde de cet instantané distillé comme le dernier rêve prémonitoire..De façon si gracile et si ténue...tel qu'Hollywood n'aura jamais l'enjeu de jouer dans cet interstice, l'atemporel- qui nous débusque en creux, et qui fait notre mystère...humain.Je n'ai pas vu le film, peut-être ya t il aussi de ca dans le menton mutin de Reese Witherspoon..?

Slothorp
2006-02-23 13:39:33

Ah je l'ai enfin vu ce clip dont tout le monde me parlait. Le pur éclat que peut proposer une petite forme. Mais ça ne tient que par la conjonction d'une vie, la vie immense et irréductible d'un seul homme, et sa représentation ultra-médiatisée, icônique, dans la culture populaire américaine. Ce n'est pas tous les jours qu'on a un Cash sous la main. Merci pour le lien.

(...)
2006-02-23 17:13:11

Pola Girl > c'est vrai que Reese Witherspoon est très bien...
Slothorp > très juste, mais pour moi le clip est aussi incroyablement intimiste, je pense par exemple à ces images bouleversantes où il va visiter la bicoque de ses parents, de quand il était enfant, qui imprime une espèce de fragilité, comme si c'était un enfant perdu...(en même temps, il est vrai que ça tiens à la connaissance "médiatique" et "mythologique" qu'on en a...)

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