26.7.2005

you and me (conversation par mail avec un blogeur)

[ cinéma ]
you
Pour Pialat, par rapport à Ford,
chez Ford, le peuple existe, il est en marche, Les raisins de la colère, etc... chez Pialat, ils votent RPR, il ne sont pas concernés par le monde, je ne sais comment dire, il n'y a qu'eux, ils ne sont pas exemplaire, ce sont d'abord des égoïsmes, ce sont toujours les plus petits communs dénominateurs qui les dirigent,



me
vous avez raison, chez Pialat ce n'est pas le peuple en marche, il n'y a pas d'exemplarité en effet, mais c'est le peuple tout de même, passé à la moulinette de la modernité...

Pialat travaille sur une certaine banalité qui n'a pas valeur d'exemple, qui ne veut rien dire, n'exprime rien de particulier (sinon, comme dit l'autre, une "absence de sens")...pour moi c'est la disparition du religieux et/ou des grandes idéologies comme le communisme…

dans le cinéma américain, il y a toujours eu une idée très "cosmogonique" du monde, leur cinéma, en tout cas l'ensemble du cinéma hollywoodien est un cinéma "religieux", même quand il ne l'est pas vraiment, justement parce qu’il y a chez eux une sorte d'organisation logique du monde qui fait que chaque élément est relié "logiquement" à un autre, la petite particule au grand tout, il y a vraiment un ordre du monde...

d'où peut-être en effet la disparition du "peuple en marche", qu'on retrouve parfois dans le cinéma français sous l'influence de l'idéologie communiste (chez Renoir par exemple)...Pialat il me semble que c'est un cinéma a-politique et a-religieux, et comme la religion et les idéologies politiques sont les seules "totalités", peut-être est-ce normal qu'il n'y ait alors pas de "peuple en marche", parce qu'il n'y a plus de totalité mais des individus atomisés, seuls, en couple ou en famille (au mieux), et encore la famille et couple sont plus que problématique, ils sont définitivement non réconciliés...

enfin, ce ne sont que des hypothèses…


you
Justement, je pense pas que ce soit le peuple, ou alors le peuple sarko-rafarinien, mais pas le "Volk", chez Pialat c'est un peuple sans histoire, un peuple action française, maurassien, il y a pas de trajectoire chez lui, c'est un peuple de préjugés, (son pendant actuel à Pialat, c'est Depardon), je pense pas que l'on puisse parler de modernité chez Pialat, disons que ça m'embête de mettre ce mot pour lui...


me
disons alors que ce n'est pas le peuple, mais "les gens", c'est plutôt ça, "les gens", au sens intimiste du terme, ce n'est effectivement pas une "construction" (le peuple comme construction) mais ce serait "les gens" sur le mode impressionniste…
Pialat, plus que de la modernité, en fait, vient de la peinture (impressionniste), cette idée qu'on décrit les choses dans ce qu'elles ont "d'insignifiant" (au sens où elles ne signifient rien d'autre qu'elles même)...et puis de la peinture tout court au sens ou une peinture est l'expression d'un instant, n'est pas dans le mouvement...

vous avez raison, "modernité" c'est peut-être pas ce qui le caractérise (en tout cas c'est vrai que sa référence à lui c'est sûrement pas la Nouvelle Vague)

et puis quand même je vous trouve un peu dur de parler de sarko-raffarinisme, l'héroïne de A nos amours ou Loulou dans le film éponyme, ce sont plutôt des rebelles quand même, on ne peut leur assigner aucune couleur politique, aucun idéologie, ils ne marchent que pour eux, en ce sens oui le cinéma de Pialat n'est pas du tout politique (pas de peuple donc) mais un cinéma qui montre des individus (cinéma individualiste alors?)

le côté UDF/RPR/UMP, c'est plutôt Claude Sautet, avec son côté cinéaste pompidolien, parce que lui, son sujet, c'est la bourgeoisie, mais vue d'un point de vue sentimental et pas critique ou politique comme chez Chabrol...

Tandis que chez Pialat, la question des classes n'existe pas il me semble, ce n'est vraiment pas son sujet...


you
le truc sur la peinture avec Pialat, j'y crois pas du tout, mauvais peintre, peintre du dimanche, cela dit j'aime beaucoup certains de ses films,Nous ne vieillirons pas ensemble, Passe ton bac d'abord, et deux ou trois autres, vous parlez de filmer l'insignifiance, mais lui justement est dans le signifiant absolu, mais le signifiant de la France "d'en bas", raffarinienne, ou à la Jean-Pierre Pernault, c'est cette France là qu'il décrit, et il nous la décrit comme la seule, c'est pour ça qu'il ne pouvait aimer Rivette, parce que chez lui il y a une sorte de trajectoire, presque de transcendance, chez Pialat on compte ses sous, même Bonnaire c'était ça, elle comptait ses sous,

(puis, plus tard)

par rapport à Pialat, je me disais, (pendant mon footing), que la finalité de ses personnages est d'être assis devant la télé, Bonnaire, la suite c'est la télé, ceux de "Passe ton bac", les gosses, l'obésité et tf1, c'est inscrit dans le film, c'est cinématographique, le film les enferme, leur assigne une place, un devenir, et de toute éternité , pourrait-on dire, pour Pialat, c'est la france éternelle, celle raffarinnienne, chez Téchiné, Bonnaire, la suite, on l'envisage plutôt du côté de Franssou Prenant pour Les innocents, pour J'embrasse pas, plutôt chez Patricia Mazuy, je veux dire, chez Téchiné, ça ne s'arrête pas…


(à suivre… ?)

(ajout : entretien qu'un lecteur m'a envoyé au sujet de Pialat - en anglais - ici)


Commentaires

Ray Fernandez
2005-07-27 00:59:53

J'aime assez le cote tea for two de ces quelques idees jetees sur Pialat. La piste jadis ouverte par Daney et suivie (tendance breve de comptoir, mais les breves de comptoir ont un fonds de verite, au risque de la demagogie) par Skorecki est peut-etre a suivre, finalement. En attendant d'en lire davantage...

Baptiste - http://forum.cineastes.com
2005-07-27 01:12:35

J'ai parcouru votre blog. Bravo pour vos textes et vos photos.
Par curiosité, je suis entré par "Luc Moullet" ;)
Si cela vous intéresse. Nous avons formé depuis peu un réseau cinéastes.

Je vous laisse l'adresse: http://forum.cineastes.com

Encore bravo et à bientôt peut-être ?

Baptiste

Damien
2005-07-27 16:56:40

Si je peux me permettre, il me semble que la grande différence entre Ford et Pialat, c'est que Ford est globalement un optimiste, il parle d'un système certes imparfait, mais encore tenu par des valeurs (courage, respect, soutien du faible par le fort) tandis que Pialat parle d'un monde désenchanté (ni l'art, ni la religion, ni l'amour n'y peuvent rien). Chez Pialat il n'y a plus d'humanisme possible - doù amertume, révolte, solitude, chacun pour soi... Mais vraiment aucun rapport avec l'UMP ou je ne sais qui (il n'y a pas un seul discours politique en France aujourdhui qui ne repose sur un consensus humaniste)...

rom - jamaiscontent [at] noos.fr - http://seance-tenante.blogspot.com/
2005-07-27 23:09:23

"vous avez raison, "modernité" c'est peut-être pas ce qui le caractérise (en tout cas c'est vrai que sa référence à lui c'est sûrement pas la Nouvelle Vague)" : C'est exactement ce qu'il disait à Toubiana dans un entretien diffusé sur France Culture (qui existe également en CD).

Votre blog est toujours aussi intéressant (cette succession de photos et de textes notamment).

(...)
2005-07-28 10:15:58

merci Rom...
je précise toutefois que "you" est une personne réelle, ceci est une vraie conversation entre moi et un vrai blogeur...pas un essai à la Skorecki...

Damien > d'accord avec toit sur la question de l'optimisme chez Ford...
quant au consensus humaniste je ne suis absolument pas d'accord avec toi, où alors cela relève juste du discours; et encore, quant Sarkozy parle de nettoyer au karscher, je ne voit pas très bien où se situe l'humanisme, je crois au contraire qu'une certaine France en a définitivement terminé avec l'humanisme (je précise, pour ceux pour qui le mot humanisme est devenu un gros mot, que je n'entends pas par là cet humanisme bêlant et bêta dont on nous rebat les oreilles), et cela est à mon avis particulièrement inquiétant...

par rapport à Pialat et ce côté "raffarinien", ce que dit mon interlocuteur m'interroge vraiment, je n'ai pas encore d'opinion définitive à ce sujet; cependant il est clair que Pialat est un cinéaste du territoir, pas des idées (politiques, idéologiques...), un cinéaste attaché à la terre, mais je dirais comme le ferait un Pagnol, même si au fond Pagnol est sans doute plus critique que Pialat sur ses personnages, critique sur leur idéologie (sectaire, petite bourgeoise, conformiste); c'est vrai que chez Pialat on ne trouve jamais cette dimension critique, même larvée...

Lilith
2005-07-29 16:22:56

Je tenterai quelques remarques (avec le risque d’être à côté de la plaque car je ne suis pas sûre de saisir tous les tenants et aboutissants de la discussion et que le dialogue me paraît faire suite à d’autres échanges...).


Il me semble qu’il y a 2 niveaux dans ce qui est dit (enfin disons que j’en retiens deux) : 1. une discussion sur Pialat avec la comparaison Ford / Pialat ; 2. et puis un autre niveau qui met en jeu la notion de peuple (qui revient de temps en temps dans ces pages sous différents angles: peuple, cinéma populaire, lutte des classes).


[Précision de vocabulaire : pour ma part et dans notre contexte, j’ai tendance à assimiler le mot peuple à quelque chose comme « classes populaires » car sinon je ne sais pas trop le définir et c’est embêtant pour discuter …].


Il me semble (c’est ce que je comprends, je peux me tromper) que, chez « you », ses idées concernant le 2eme niveau de discussion (sa conception du peuple) dictent leur point de vue au premier niveau (son idée sur le cinéma de Pialat);
Or cette idée du peuple qui se dégage des propos, me paraît presque mystique; car enfin il n’y a pas, dans le réel je veux dire, d’entité peuple comme ça qui serait déconnectée des individus qui le composent ; eh bien oui le peuple c’est des gens ; et c’est pour beaucoup des gens qui comptent leur sous et de plus en plus malheureusement.


Je suis aussi surprise (tellement que je me dis que quelque chose m’échappe) par la comparaison politique, entre un Ford des années 40 et un Pialat des années 80, par ex. A nos amours ;
Ou alors « you », vous avez une définition particulière de ce qu’est (devrait être) la représentation du peuple au cinéma, toutes époques confondues. Cette représentation serait conforme, à vos attentes, chez Ford et pas chez Pialat : conforme chez Ford parce qu’il montre des masses populaires en marche (et cela vous plaît), non conforme chez Pialat parce qu’il montre des gens qui votent (voteraient ?) RPR ; eh bien figurez-vous qu’aujourd’hui une fraction non négligeable du peuple (ou des gens comme vous voudrez) vote non seulement RPR mais aussi FN (là encore malheureusement, mais c’est un autre sujet).
En plus de l’absence de vue historique, cela me semble une vision du peuple bien peu dialectique : soit il est « en marche » soit il est « raffarinien ».


Enfin, pour en revenir à Pialat, ce que je retiens du dernier paragraphe de « you », c’est qu’il introduit une autre idée qui serait que Pialat interdit à ces personnages de s’émanciper (ce qui va au-delà de l’idée de Damien qui parle de pessimisme de Pialat) contrairement à un Téchiné qui leur en laisse la liberté.

?70 - bukri_70 [at] hotmail.com - http://www.google.com
2005-08-24 22:47:17

?70_0

djeffal djelloul saiah karim - karim14d20032003 [at] yahoo.com - http://algeria.oran31000
2007-04-17 20:32:30

le mur
personne na su
personne na voullue
personne na pu
personne ne veux savoir
cette mur vient detre
concut pour la verite
detre engoultiee

djeffal djelloul saiah karim - karim14dz20032003 [at] yahoo.com - http://algeria.oran3100
2007-04-23 20:58:21

le silence
pour koi tu defond
le mensonge
te exploite
ou le merite
de voir a kel
merite ta vie
est devenu
un silence
koi ton juge
ta franchise
ou ton silence
decoute la verite
liberte dun seul mot

djeffal djelloul saiah karim - karim14dz20032003 [at] yahoo.com - http://poete djkm
2007-05-15 20:39:31

un chiffre
de gagne tres a ligne
a un temps precie
ou cette precision
ki peux devoilize
tes a tous
ou temps
si ton chiffre
de goute
ta vie
tel un chapitre
tu cree le temps

djeffal djelloul saiah karim - karim14dz20032003 [at] yahoo.com - http://algeria.oran31011
2007-06-25 22:09:33

ma chose
cest deux extrme
tel une balance
ou le fruit devient
une realite
si tu voix cette temps
te donne le temps
detre juge a ton obligation
ou coupable detre
a la merci
a cette misere
ke regard tu
ma verite detre si simple
avec ma vie
detre une seul enplume
ki ulime
ma vie un merci ke je
regrette a rien

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