21.2.2004

au dessus du vide

[ jeux vidéo ]


deuxième inauguration de la journée : la rubrique Jeux Vidéo...

Erwan joue très souvent aux jeux vidéo (surtout en ce moment) et comme je n'avais pas touché à une console depuis près d'un an, je suis allé chez lui cet après-midi pour qu'il me fasse découvrir quelques nouveautés (sachant que la nouveauté en matière de jeux peut, en ce qui me concerne, représenter plusieurs mois voir plusieurs années...impossible de suivre...).

A cette occasion il m'a fait découvrir un étrange jeux japonais dénommé Super Monkey Ball qui, derrière ses couleurs acidulées et ses personnages "kawaii" (mignon) s'est révélé plutôt angoissant. Dans ce jeu, vous êtes un petit singe enfermé dans une bulle translucide et ce personnage doit parcourir avec agilité un certain nombre de "terrains de jeux" en lévitation au dessus du vide. Evidemment ces parcours sont pentus, étroits, mouvants, si bien que, pédalant dans cette bulle comme un hamster dans sa grande roue, le personnage (c'est-à-dire vous) risque sans arrêt le déséquilibre et la chute (mortelle?) dans les airs.

Pas même est-il besoin d'être sujet au vertige pour éprouver un malaise devant ce petit personnage sans arrêt au bord du précipice (encore ais-je joué au niveau "débutant", je n'ose imaginer les autres) et dont la vie ne tient qu'à un fil. Ce n'est sûrement pas une nouveauté pour les amateurs de jeux vidéo mais il est frappant de voir combien les jeux japonais, à la différence de leurs homologues américains (et français?) sont presque systématiquement baignés dans la lumière de questionnements spirituels et existentiels. L'environnement (les cieux), le caractère relativement abstrait de l'ensemble (juste vous et le parcours), l'ambiance légèrement surréelle du jeu (lorsque vous gagnez un round vous êtes littéralement propulsé dans les airs jusqu'à disparaître dans le firmament), tout concourre à cette impression.

J'avais éprouvé un peu le même sentiment en jouant à Ico; de même, les trois Silent Hill véhiculent un sentiment de déréliction comme rarement il m'a été donné de le ressentir au cinéma. On a beau eu le loisir de jouer à deux à ce Super Monkey Ball, l'impression tenace qui s'est imprimée en moi comme un instantané a été celle d'une solitude, même si il s'agirait ici d'une solitude zen : mélange de bien être, de détachement (l'environnement pastel, la petite musique "kawaii") et d'angoisse irrépressible (survivrais-je à ces épreuves faussement ludiques?).

Derrière le jeu se cachent d'atroces interrogations, celles notamment concernant ces corps sans cesse recommencés : lorsque le petit singe tombe, c'est comme s'il tombait dans le néant; il disparaît dans un petit cri...est-ce le même qui réapparaît (puisque dans le jeu vidéo on bénéficie de plusieurs vies) où est-ce un clone (fabriqué à la chaîne pour l'occasion) qui a pris sa place et s'apprête, joyeux, à partir à l'abattoir (puisque j'étais à peu près nul à ce jeu, au moins au début)?

Il est décidément temps de redéfinir cette histoire de "morale" et de "travelling"...

:)) JS

par jean-sebastien à 03:08 | Commentaires(5) | Lien permanent