15.2.2004

l'écriture d'un blog

[ le blog et la critique ]
lu, sur l'étonnant blog en anglais de Joi Ito, que Roger m'a fait découvrir, une discussion assez passionnante sur l'écriture et la nature des blogs (Joi Ito archives)

à l'origine une réflexion faite à Joi Ito sur le fait de savoir s'il écrit pour et par lui-même, ou si la multitude des commentaires qu'il reçoit, toute la communauté des bloggers qui l'entourent virtuellement, ne constituent pas une forme de censure collective (si j'ai bien compris);

la discussion qui s'engage à partir de cette réflexion questionne l'idée de "démocratie émergeante" telle que la formule Joi Ito mais elle m'interroge aussi, d'un point de vue plus anecdotique, sur ma propre écriture d'un blog (sur des sujets plus "byzantins" que la démocratie, la censure ou la cyber-communauté j'en conviens).

Dans une revue on a finalement peu de retour hors celui de sa propre rédaction et de son propre milieu (en ce qui me concerne : la critique de cinéma), peu des lecteurs qui reste une communauté invisible; et il y a finalement quelque chose d'assez endogène dans tout cela, qui peut se faire au risque d'un certain aveuglement. Bien sûr, le milieu de la critique, où que ce soit, est suffisamment hétérogène pour générer pas mal d'avis contraires et contribuer à un véritable débat. Mais le milieu de la critique d'art (même s'il faut sans doute différencier le "critique de cinéma" du "critique d'art" en particulier; on y reviendra) ne génère pas autant de débat social que ce qui concerne la vie de la polis et de la cité. Toujours il y a le risque de discuter dans les "hautes sphères" sans jamais toucher que les gens déjà concernés.

Je n'ai pas encore expérimenté l'écriture rhizomique des bloggers chevronnés (peu de commentaire pour le moment, et la langue française qui ruine tout espoir de débat anglophone) mais je serais très curieux de savoir dans quelle mesure certains inconnus pourraient modifier ma façon de penser (qui par nature est poreuse à ce qui l'entoure). Mon expérience des Cahiers m'a montré que l'affectif entre énormément en ligne de compte, que l'avis de mes pairs ou du rédacteur en chef m'importe non seulement comme avis professionnel mais aussi comme avis amical, relationnel, puisque cet avis je l'appréhende en fonction de tout un background d'idées et de comportements de ces mêmes personnes. Même si les débats peuvent y être enflammés, j'ai le sentiment (peut être faux: ceci est l'avis d'un néophyte) que le net est plus froid et par là même, il me semble que l'influence des idées des autres sur mes propres idées seraient d'un autre orde que dans le monde réel.

pour finir sur la critique, je crois que c'est Roger lui-même, il y a fort longtemps, qui m'avait parlé de deux différents comportements critiques collectifs (peut-être cela concernait-il New-York et Paris mais je n'en suis plus très sûr) : dans un cas les critiques discutent peu du film en sortant de la salle et cela crée, une fois couché sur papier, des résultats très hétérogènes mais pas toujours passionnants; dans l'autre cas, les critiques discutent beaucoup entre eux au sortir de la salle et, une fois écrits leurs papiers, on retrouve beaucoup d'idées en commun, moins de singularité, mais le niveau, lui, est supérieur au premier cas.

what do you think about it?

:)) JS







Commentaires

sandrine - drinemarques [at] hotmail.com
2004-02-15 16:55:20

Finalement, le jeune critique vit perpétuellement dans la nostalgie de ces ciné-clubs qui firent les heures glorieuses de la cinéphilie en France, dans les années 50/60... Si les revues papier restent, comme tu l'affirmes, encore un lieu où la cinéphilie s'exerce (je reste réservée quant à cette vision idyllique), qu'en est-il du nouveau medium que constitue internet ? Rédactrice on line depuis 3 ans, je constate que le web génère une communauté fondée sur une altérité illusoire. Faillite d'autant plus problématique en matière de cinéma que la condition sine qua non pour qu'il y ait cinéphilie, c'est l'altérité. Ainsi, le courrier que je reçois des lecteurs est très rarement basé sur l'échange, ce qui est très frustrant.
Je suis également frileuse quant à cette très conceptuelle "démocratie émergente". Contre qui, contre quoi ? Je m'intéresse beaucoup à ces formes auto-proclamées de démocratie. Le phénomène des flash mobs en fait partie. Pour rappel, ce sont des sortes de happening collectifs qui transforme le citoyen lambda en artiste/terroriste "pour rire". A l'heure, où le fantasme de célébrité prévaut dans notre société, nul étonnement quant au succès énorme rencontré par les flash mobs. Le lieu de RDV est donné sur internet et les consignes sur place. M'interrogeant sur ce phénomène de mode (un revival situationniste ?), je me suis inscrite à mon tour et ai pris part à l'un de ces raouts branchés (www.parismobs.free.fr). Et de constater in situ que si les participants étaient fédérés dans l'action, pour autant, le lien social était absent. Ce qui pourrait expliquer la raréfaction du phénomène et sa disparition annoncée.
Je fais le parallèle avec les weblogs qui s'appuient sur la reconnaissance, l'identification et l'appartenance à une communauté fluctuante et désincarnée. Si la parole circule avec plus ou moins de bonheur, paradoxalement l'individu tend à s'effacer. Finalement,comme au cinéma, l'écran d'ordinateur devient le lieu de l'illusion et du simulacre, où s'agitent des fantômes. Ca me fait penser à Kairo du passionnant Kyoshi Kurosawa.
Bien à toi !
Sandrine

Jean-Sébastien - http://image.kaywa.com
2004-02-15 19:36:48

il faut bien se dire, de toute façon que le cinéma ne génère plus autant de débats que dans les années 50/60...
ta comparaison avec les "flash mob" me paraît très pertinente et pointe sans doute la difficulté de faire "lien" dès lors qu'il n'y a pas de rencontre physique (encore que la nullité de ces "flash Mmob" vient peut-être aussi du caractère anecdotique de leur revendications : juste "pour rire", ça ne pisse pas très loin); pour l'instant je réserve mon jugement sur un media (internet) que je n'ai pas assez éprouvé; l'enthousiasme délirant comme le scepticisme absolu ne sont sans doute pas d'assez bons conseillers. Peut-être que l'attitude la plus féconde, concernant cette communauté virtuelle, se situe précisément dans l'articulation entre le virtuel et le réel. C'est un peu comme les rencontres par minitel des années 80 ou du net des années 90, à un moment donné il faut que ça se concrétise sinon on en ressent une énorme frustration...
D'une façon plus politique, cela me rappelle aussi la TAZ (Zone d'Autonomie Temporaire) théorisée par Hakim Bey qui pense à juste titre que la contestation est aujourd'hui systématiquement répuréré par le pouvoir et que le seul moyen de ne pas être récupéré est de créer ces zons d'autonomies temporairess, et les détruire ou s'en échapper pour d'autres dès que la menace de la récupération pointe à l'horizon. Son modèle évidemment, c'est la piraterie (et ses îles) mais aussi, par extention, internet...
je conseille en tout cas à ceux qui ne l'ont pas lu de s'en emparer...

Roger - http://roger.kaywa.ch
2004-02-16 17:58:13

Je pense ce qu'il change fondamentalement avec les weblogs, c'est que c'est d'abord un lieu personnel de réflexion ou d'émotion. Tant mieux, s'il y a une ou plusieurs communautés que je trouve et qui me trouvent ainsi.

Aussi les weblogs ça marche et depuis un certain temps déjà. Pour les gens de l'IT c'est surtout lors des conférences qu'on ressent la puissance des weblogs - les différents point de vue sur des propos tenus par les conférenciers.
En cinéma, l'équivalent cela serait les festivals. Imaginez si vos compères écrivaient pendant les festivals...

à suivre...

Roger - http://roger.kaywa.ch
2004-02-17 10:49:46

Imaginez si vous compères écrivaient leurs notes sur un weblog - ces conversations sur un détail, le "il faut absolument aller voir ce film parce que...", les bruits qui courent, les intuitions etc qui font finalement un festival seraient suivi par des discussion après-coup.

En fait, ce que je trouve intéressant avec les weblogs, c'est que c'est une pensée en mouvement.

Un article souvent, n'est qu'un cadavre - un cadavre exquis parfois, un cadavre beau aussi - mais l'essentiel est déjà ailleurs.

Bon, je veux aussi pas me faire l'apologète inconditionnel des weblogs - quoique;) - mais je pense qu'ils tiennent une place nouvelle, c'est pourquoi ils ont un bel avenir devant eux.

à suivre...





Roger - http://roger.kaywa.ch
2004-02-17 23:22:25

Sandrine dit:
Rédactrice on line depuis 3 ans, je constate que le web génère une communauté fondée sur une altérité illusoire. Faillite d'autant plus problématique en matière de cinéma que la condition sine qua non pour qu'il y ait cinéphilie, c'est l'altérité. Ainsi, le courrier que je reçois des lecteurs est très rarement basé sur l'échange, ce qui est très frustrant.
Je suis tout à fait d'accord sur ce que tu dis de la cinéphilie, mais je pense qu'aujourd'hui celle-ci n'existe que dans nos fantasmes (qui deviennent parfois realité - aux seins des Cahiers? avec de rares amis?). Je crois alors que le courrier de tes lecteurs reflète tout simplement la realité d'aujourd'hui.

Et puis, il faut quand-même voir que la cinéphilie même à son apogée se reduisait à un tout petit nombre de personnes.

Et pourquoi les weblogs ne seront-ils pas - pour ceux qui s'y intéressent - un autre lieu d'altérité.

D'ailleurs Sandrine, est-ce qu'on s'est déjà vus?

Bien à vous
Roger


sandrine - drinemarques [at] hotmail.com
2004-02-20 14:22:27

Roger,
Oui, en effet, je suis convaincue par tes arguments et de plus en plus conquise par les weblogs et la liberté qu'ils offrent. Je suis allée interroger par ailleurs des amis dans mon entourage qui jouent en ligne (Counter Strike) et appartienennt à un clan ( 7 samouraï !!). Je leur ai demandé s'ils avaient l'impression de constituer une communauté et à ma grande surprise, le sentiment communautariste est très fort parmi les joueurs. Je suis encore un peu "neuve" dans ce cyber monde !
A bientôt
S.

Lucab
2006-02-17 17:22:59

il suffit de vous lire, à travers vos blogs respectifs, les liens des uns sur tel article d'un autre, pour être convaincu de l'existence de véritable communauté virtuelle, même si j'ai cru comprendre que vous vous connaissiez avant d'écrire.

"Même si les débats peuvent y être enflammés, j'ai le sentiment (peut être faux: ceci est l'avis d'un néophyte) que le net est plus froid et par là même, il me semble que l'influence des idées des autres sur mes propres idées seraient d'un autre ordre que dans le monde réel."

Ah oui? Certainement si il n'y a pas sentiment de communauté (un inconnu, moi par exemple, qui donne son avis en dessous d'un de tes textes). Mais si tu connais la personne, même virtuellement, depuis un moment, que tu respectes ses avis et admires certaines de sa pensées, je ne crois pas qu'il y aurait tellement de défférences avec une personne "réelle".

Mais je vois que tu as écrit ce texte il y a 2 ans déjà (pardon, je débarque, mais je m'en veux d'avoir raté tout ça...), peut-être as-tu changé d'avis.

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