Aujourd'hui, peu avant 20h00, ligne 11. Comme à mon habitude, j'observe les gens qui peuplent le métro l'espace de quelques stations : qui de sa lecture, qui de ses rêveries, qui de sa fatigue. Assises juste derrière moi, trois filles pépient joyeusement sans se soucier le moins du monde qu'on puisse entendre leur bruyante conversation. En face, debout, une jeune femme dont j'essaie de photographier les mains. Un peu plus loin un trentenaire bien calé sur son strapontin me fixe de temps en temps avant de s'absorber dans ses documents de travail. Ces petits mondes quotidiens sont brusquement interrompus lorsque, d'un coup, la rame s'immobilise. Les lumières elles aussi faiblissent, ne laissant subsister que quelques loupiotes de secours qui plongent l'assemblée dans une demi obscurité vaguement érotique. Coupure de courant, nous renseigne la conductrice. Le temps se suspend. Disparue la lumière d'aquarium, disparu l'assourdissant roulis, tout semble plongé dans une ambiance de secret bien compris. L'attente dure, assez pour qu'on sente un léger mouvement d'impatience s'élever dans l'habitacle étouffant du wagon. Quand soudain la sentence tombe : incident grave de voyageur, il va falloir évacuer. Une rumeur rieuse s'installe, des gens s'amusent, d'autres s'inquiètent de la présence des souris sur les rails. Partage d'une connivence gamine, récréation enfantine : personne au fond ne prend conscience que cet amusement passager, on le doit à quelqu'un qui, poussé par le désespoir, vient de se jeter sur les rails. Les gens descendent peu à peu, au moyen d'une petite échelle astuciueusement placée sur le bord du marchepied. Certains appellent leurs proches depuis un téléphone portable. Les trois filles ont remarqué que je prends des photos. L'une d'elle me demande si je suis photographe. "Amateur", je réponds. Mais une autre ne semble pas comprendre et me fait répéter deux fois. Sa copine lui crie ce que je viens de dire. La fille s'esclaffe. Elle avait entendu "mateur", ce qui me fait bien rire. Finalement je les photographie. Puis je descends, longeant les rails dans la pénombre. Au dessus de moi des quidams sont encore installés dans la rame, attendant que le flot, là, juste en bas, s'amenuise. Curieux de voir combien, une fois rejoint l'univers familier de la station Arts et Métiers, la magie de ce moment fugace, instantanément, s'évapore.
Retrouvées, les habitudes des transports en commun.
Chacun rentre chez soi.
dernière minute : j'apprends que, contrairement à ce que nous avions tous cru, il ne s'agit pas d'un suicide mais d'un homme de 29 ans qui a été poussé sur la voie par un déséquilibré mental. Atroce.
Commentaires
Philippe[s]
2005-01-31 23:52:30
Ah, il n'y a donc pas de pannes de courant que sur le (...) de (...)
Catherine Millet
2005-02-01 10:23:35
A la limite, s’il était possible que la masse palpitante d’un hall de gare ou la horde organisée du métro acceptent au milieu d’elles les accès de plaisir les plus crus comme elles acceptent la livraison de la misère la plus abjecte, je serai capable de m’accoupler ainsi, comme un animal.
(...)
2005-02-01 10:59:16
un peu sénile la Millet? Vous vous trompez de billet/photo Catherine!
Matoo
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matoo [at] matoo.net
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http://blog.matoo.net2005-02-01 13:40:04
Ah mais c'est carrément un homicide alors... arghhh ! Je vais faire gaffe demain matin !! :)
sandrine
2005-02-01 21:05:12
Quelle horreur !
Scope
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scopebino [at] yahoo.fr
2005-02-01 21:22:59
Je ne l'ai pas pousse, il a glisse.
sandrine
2005-02-01 22:15:28
Quelle horreur !
Lilith
2005-02-02 19:33:25
Un polar de Daeninckx (Metropolice) utilise/met en scene ce phénomène des "pousseurs". A l'époque où je l'ai lu, cela m'avait paru effrayant (prenant le metro regulièrement ...) mais je m'étais rassurée en me disant que c'était une fiction ...
sk†ns
2005-02-02 21:21:14
Ouais c'est flippant, d'autant que traîne pas mal le long de la bande blanche…
Lilith
2005-02-02 22:26:10
Des menaces ?! ... il me semble même que vous la franchissez facilement, la ligne blanche ...
Bon ben j’éviterai la 11, c’est votre territoire, j’ai cru comprendre !
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