04.8.2007

soudain l'été dernier

[ photos ratées ]
En bas, les feuillages, les champs, tout est terne et mat. Se sont deux avions dans le ciel qui attirent mon attention. Les traces neigeuses que les appareils laissent à leur suite scintillent de violents tons fauves. Des nuages filandreux irradient d’un rose orangé phosphorescent. Ces filaments de coton luisent comme aucun nuage de la journée, sans doute, n’a jamais brillé, et pourtant c’est aussi le signe avant coureur de leur brutal évanouissement. Tout est lent, suspendu aux sons feutrés du lointain. La vallée est emprunte d’un sentiment d’éternité, mais c’est une illusion que je contemple. J’en prends conscience alors qu’il est trop tard et que le jour a accentué son processus de décoloration. Les nuages les plus éloignés du soleil, qui il y a une minute encore se détachaient de la voûte transparente du ciel, ont mystérieusement disparus ; d’eux, il reste une fragile pellicule diaphane et rosée, mais leur corps s’est presque entièrement fondu dans l’indéfinissable masse bleu gris du ciel. Les avions ont été escamotés. La nuit n’a pas encore fait son œuvre et cependant elle est là, palpable dans chaque élément du décor qu’elle fait méthodiquement disparaître. Puis le ciel s’assombrit dangereusement. Le jardin tout à la fois se vide et se densifie sous la pression des ténèbres. La pente herbeuse et noirâtre semble happer le regard et le repousser, comme si la nuit hésitait entre une surface plane et un puits sans fond. Bientôt, on ne distinguera plus rien.


Commentaires

Hyppogriffe - http://notremusique.blogspot.com
2007-08-05 21:40:08

Votre article sur le dernier Chabrol est excellent, JS! Jusqu'ici, "Chronic'art" avait été très injuste avec Chabrol, c'est réparé. Seul bémol : le cinéma de CC est autrement plus contemporain que celui de JPM, ne mélangeons pas les serviettes et les torchés!

Jérôme
2007-08-06 01:15:13

Je l'ai trouvé très sur-ligné ce dernier Chabrol. Tout ce que dit Jean Sébastien dans son article n'est pas faux, mais c'est justement tout ce que le film tend à rendre archi visible (décalages, fausseté, musique atonale), sorte de petit manuel de mise en scène à renfort de métaphores (jusqu'au titre). C'est presque un procédé, ça m'a gonflé. Je trouve Chabrol un peu sénile sur celui-là. Et puis Ludivine S pendant 120 minutes, c'est chaud.

Sinon j'aime bien ces photos ratées.

Hyppogriffe
2007-08-06 12:48:45

Il ne faut pas s'arrêter aux effets (ça fait 50 ans que Chabrol surligne aux moyens de musiques atonales et de décadrages, et là tellement moins que dans "Merci pour le chocolat" ou "Les Biches"...) mais se demander à quoi ils servent. Or, rien n'est gratuit dans les films de CC, tout est toujours fonction du point où en sont les personnages. C'est de l'histoire que racontent ces films qu'il faut partir, et tourner le dos à la cinéphilie, fausse route. Chabrol sait très bien qu'il en fait parfois trop. Chacun de ses effets est un petit piège pour qui s'y arrête ou croit y déceler la vérité de Chabrol, du film ou du personnage, car chez lui tout se transforme tout le temps : CC est un cinéaste du récit, càd ayant toujours une longueur d'avance sur ceux qui écoutent ses histoires. Donc : à malin malin et demi, Jérôme.

Jérôme
2007-08-07 10:32:46

Oui, c'est vrai, mais là même si tout est logique je ne trouve pas que ça nous mène finalement plus loin que ce qu'il a déjà dit ailleurs. Et je trouve qu'il le dit moins bien, plus lourdement, avec moins d'élégance. Trop de métaphores qu'il essaie d'anéantir par le final, mais trop tard. Cela dit j'aime bien ce côté grotesque.

(...)
2007-08-13 01:14:50

Désolé pour le silence, je m'étais absenté...

Hypogriffe > merci pour le compliment...! (et oui, bien entendu que CC est un plus grand cinéaste, mais il me semble qu'il y a un voisinage ou un cousinage intéressant entre les deux cinéastes, et puis il y a beaucoup de JPM qui ne sont pas torchés du tout, comme "Solo" par exemple, et même les apparemment torchés comme "Grabuge" ont quelque chose d'assez puissant...)

Jérôme > je t'avoue être davantage d'accord avec Hypogriffe sans avoir grand chose à ajouter (pour l'instant), il y a de tels gouffres chez Chabrol que j'ai du mal à y voir cette sorte de tautologie que tu pointe...même un film aussi lisible que "La Cérémonie" contient des moments parfaitement incompréhensibles (ils sont rares mais vraiment significatifs)...

Mathias K
2007-09-09 20:04:25

En même temps, il faut bien reconnaître que les derniers CC - y compris celui-ci qui est bien meilleur que les derniers - n'arrivent pas à la cheville d'un film comme "Que la bête meure". La scène d'interview de Berléand sur le plateau tv, qu'est-ce que c'est lourdingue !!! Cela dit, ça n'entame pas non plus mon plaisir, mais ça crée des résistances. Impression que c'est un peu baclé, que CC n'a pas choisi la meilleure solution en termes de mise en scène.

Belle chronique en tous cas, J-S !

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