17.8.2005

quelques notes sur "Lost"

[ télé en série ]
Principale étrangeté de Lost, les enjeux ne sont pas vraiment identifiables, un peu à la manière d'un work in progress. Alors que dans la plupart des séries les enjeux sont posés en quelques dizaines de minutes (je revoyais les premiers épisodes de Dallas l'autre jour : au delà de l'indigence formelle, sa façon de poser toutes les problématiques qui suivront ensuite dans la série en moins d'une heure est assez remarquable), il est difficile de savoir ce que raconte vraiment la série. C'est assez beau cette idée que l'on suit un objet sans en avoir réellement les clés, même à l'approche du final de la première saison. On ne regarde, d'une certaine façon, que du vide. Lost pose la question du sens et il semble bien que pour l'instant elle en soit dépourvue.

Flash Back
En tout cas on n'est pas dans une idée du genre Sa majesté des mouches. La question de la recréation d'une société, d'un groupe n'est (pour l'instant en tout cas) pas le sujet. Les flash back ramènent toujours les personnages à un passé qu'ils ne quittent jamais et les font exister en tant qu'individus au delà des péripéties qui se déroulent sur l'île. Les flash back en quelque sorte, les empêchent, dans l'économie dramatique de la série, de se constituer en société. Peut-être est-ce pour cela qu'il n'y a pas encore de vrai couple (car rien à construire). On n'est pas davantage dans une robinsonade : ici, du passé on ne fait jamais table rase (leur passé étant intimement lié à leur présence sur l'île comme le suggère certains épisodes).

11 septembre
Pas question de filmer un milieu comme dans la plupart de séries (la prison, la mafia, les gays, les lesbiennes, la police, les cités pavillonnaires, la famille, la CIA, que sais-je encore), mais au contraire de planter un ensemble disparate de personnages, reliés les uns aux autres de façon ténue, sans autre lien communautaire qu'un accident d'avion et quelques connexions surnaturelles. Peut-être, finalement, que seul un spectateur post-11 septembre est capable de s'intéresser à une série sur des bases aussi filandreuses, de suivre des personnages évoluer dans un brouillard qui n'en finit pas, d'accepter une série qui parle moins du vivre ensemble que de l'individu seul avec son destin (exemplairement John Locke). Pas un hasard non plus si Lost est contemporain de Shyamalan ou des derniers Spielberg.

Parabole vs série?
En même temps, d'un épisode à l'autre, la série reste très inégale. Impression que parfois les créateurs ne savent pas vraiment où ils vont eux-mêmes (alors que dans les deux premières saisons de 24 - la troisième m'ayant déçu - les scénaristes avaient beau travailler au jour le jour, jamais on n'avait ce ce sentiment). C'est la limite du work in progress : les créateurs de Lost savent-ils vraiment de quoi ils parlent? Pas certain. Mais c'est aussi ce qui fait de cette série un objet à part. A sa manière Lost pose la question de savoir si son scénario parabolique n'est finalement pas davantage un scénario de cinéma. Le sens d'une parabole ou d'une allégorie vient souvent éclater au moment de sa conclusion (qu'on pense seulement à L'invention de Morel de Bioy Casares auquel Lost fait un temps penser). A reculer sans cesse la résolution du sens Lost prend le risque de dissoudre et la parabole et l'idée même de série. Autrement dit, la série est-elle soluble dans la parabole? Réponse, peut-être, dans la deuxième saison.

ps : il faudrait peut-être (re)voir Le Prisonnier, l'une des rares séries allégoriques dont Lost est finalement plus proche que de l'ensemble des séries américaines chez qui le paradigme serait plutôt le réalisme (jusque dans les aspects fantaisistes d'Alias où les délires extrêmes de 24)


Commentaires

Paul - paul [at] alcandre.net - http://www.alcandre.net
2005-08-17 16:20:32

C'est un peu l'addiction poussée à l'extrême. Quand on accroche une série, quelque soit la raison, on peut ensuite la suivre très très longtemps, même si elle ne nous raconte plus rien de nouveau, voir parfois toujours la même histoire.

S'accrocherait-on au série comme on tombe amoureux ? Ou comme un enfant s'accroche à ses habitudes ?

Tlön
2005-08-17 18:59:05

La série pose un vrai problème scénaristique car toute tentative d'explication sera forcémenr déceptive d'ou l'exigence d'un suspens (une mise en suspension) permanente. Mais la non résolution risque d'entrainer également une lassitude. les créateurs de Lost savent-ils vraiment de quoi ils parlent?
De fait non.

Tlön
2005-08-17 20:53:44

oops, j'ai posté le commentaire avant que la note soit terminée, mais je vois que l'on est
d'accord

(...)
2005-08-17 22:53:16

Paul > il est vrai que dans une série, c'est souvent moins ce qui est raconté que le quotidien avec des personnages qui faiut nous attacher à une série...
or quid du quotidien ici? (enfin, le quotidien ce sont les flash back)

Tlön > néanmoins je viens de voir les deux derniers épisodes qui sont plutôt réussis : ils sont très forts quand même...!

balth
2005-08-18 11:30:12

Il y avait l'autre soir sur M6 un reportage sur le naufrage du titanic. la trajectoire de certains passagers y était relatée. ça m'a fait penser à Lost, quelque chose comme le destin, d'ailleurs évoqué par l'un des personnages dans l'un des derniers épisodes... Pour avoir déjà vu le dernier épisode de la saison 1, le suspense reste intact.

Sébastien
2005-08-18 13:36:54

Très justes remarques dans l'ensemble, JS, même si je pense qu'effectivement, il ne faut trop tirer de plans sur la comète... Je sais pour ma part que la saison 1 est conçue pour ne poser que des questions (avec ces effets de dilution de sens qui me semblent clairement voulus), la saison 2 ayant charge d'y répondre; pour moi, on a quand même vraiment le sentiment que la série sait très bien ce qu'elle fait, de quoi elle "parle", (même si ce n'est pas toujours notre cas), surtout donc, où elle "va" : tout est très construit sur la durée, tout se recoupe en maints endroits.

Sébastien
2005-08-18 13:49:34

Aussi, un truc qui me frappe depuis le début : 47 survivants mais seulement 14 personnages, d'où le rôle étrange des figurants, fantômes de l'arrière-plan (pour peu qu'on les voie vraiment) sur un lieu "confiné" (la plage et les alentours de la grotte). J'aime bien comme la série peut brusquement focaliser sur eux, parfois les jeter d'un coup dans la fiction, comme au hasard (dernièrement, le scientifique, et Ethan bien sûr : ce qui laisse à penser - c'est une hypothèse bien sûr - que les "autres" ce sont eux, là depuis le début... En même temps, même si un telle idée est séduisante dans son exécution, elle renvoie l'ensemble de la série dans le topos d'une fiction paranoïaque de l'infiltration permamente, enième série post- 11/09 à partir de là... Voilà que moi aussi je m'avance, mais c'est ce qui fait le sel de cette première saison : osciller entre crainte et excitation de ce qui va suivre, entre espoir et déception.

miss saby - sabri_pink [at] hotmail.com
2006-10-08 02:25:40

Lost ses la meilleure SaIsOn que je n'ai jamais vu!!! pis jai hâte a la prochaine saison!!!

Sotta - Sotta [at] sotta.com - http://sotta.com
2007-01-05 04:11:30

Bhen di lun thodi di le'. Thodi ma vl joe. Bhen da fudda marya vl lie' thodi bhen da moma chupya'

miss saby - sabri_pink [at] hotmail.com - http://bonbon
2007-05-12 05:28:07

bon sa fait longtemps que j'ai po écrit sur ce site!!!

ben lost cest une émission vrmt cool! ben riien a dire de spéciale la!... ben jaime bien la nouvelle saison 3 finalement!

byebye a tout les idoles de lost (perdus)
XxXx

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