bouclez/répétez/multipliez | [ video clip ] |

Oui, l'image de Split-repeat est bien celle d'un clip de Michel Gondry pour Cibo Matto!
Roger is the winner...
Petite inauguration de la catégorie clip avec un événement dont certains magazines français se sont fait le relais. Un éditeur a en effet eu l'heureuse initiative de regrouper en dvd les clips de Michel Gondry, Chris Cunnigham et Spike Jonze sous un même label. Qu'on se réjouisse ou non de cette "auteurisation" des réalisateurs de clips, cette collection permet en tout cas de dessiner quelques motifs narratifs intéressants.
premier dvd, celui sur Michel Gondry :
clip-récit
Moins passionnants me semblent, à la revoyure, les "classiques" réalisés pour Björk (Human Behavior, Army of Me, Hyperballad, Bachelorette, Joga) comme les clips tentant de raconter une histoire. J'ai le sentiment que dès qu'un clip s'essaie au récit il bute immanquablement sur la question de la durée. Sans doute est-ce ma tournure d'esprit particulière, mais j'ai toujours besoin, au sein d'un récit, d'éprouver la durée quand bien même celle-ci aurait tendance à partir en vrille, à ployer sous l'emballement d'un récit incapable de s'arrêter pour goûter aux joies de la contemplation (spontanément me vient en tête l'extraordinaire Time and Tide de Tsui Hark).
La tension (entre deux éléments de l'action, plusieurs personnages, entre un personnage et son environnement, etc.) est, me semble-t-il, relativement absente des "clips-récit", sans doute à cause d'un déficit d'enjeu autre que l'image elle-même. Contre exemple : le clip pour Everlong des Foo Fighters, qui conte une histoire angoissante de rêves poreux.
bouclez/répétez/multipliez
L'apport le plus fondamental de Gondry néanmoins est celui qui fait de la boucle, la répétition et la multiplication les principes fondateurs d'une nouvelle esthétique du clip, dont le Around the World des Daft Punk serait le slogan idéal. Ici des êtres (nageuses, géants, squelettes) se contentent de danser autour d'une sorte de carrousel en répétant le même motif. On sent bien que s'invente une forme qui épouse le rythme de la chanson. Dans un de ses clips les plus géniaux (Come into my World), Kylie Minogue marche autour d'un carrefour parisien imaginaire et se démultiplie à mesure qu'elle fait un tour supplémentaire, de même que les personnages et actions qui l'entourent. On touche ici à une vision presque théorique du clip qui joue sur la boucle comme les chansons pop sont fondées sur le recommencement incessant du refrain.
A la limite, les paroles n'ont plus aucune importance (si ce n'est cette injonction Come into my World). Le clip n'est plus le petit illustré du thème de la chanson, il est l'avènement visuel d'une pulsation. Dans Star Guitar des Chemical Brothers, Gondry filme la vue d'un train dont les éléments aperçus par la fenêtre se reproduisent et se clones en épousant le rythme répétitif du morceau. Il y a, dans ce clip, tout à la fois la compréhension profonde de la stase techno, l'impression que les choses avancent tout en se répétant, et la transposition éloquente du sentiment qui nous anime lorsque nous regardons à demi pensifs par la fenêtre d'un train, voyant défiler des paysages qui sont autant de non-lieux pour des pensées informelles et fugitives. Gondry fait de même, sur un mode plus ludique avec The Hardest Button to Button des White Stripes où les images s'emboîtent à la perfection sur les rythmes et riffs de guitares.
Quant à Sugar Water de Cibo Matto, l'image scindée en deux (split-screen) autorisent deux actions concomittantes mais dont l'une serait l'envers de l'autre. Le lever et le coucher ici se donnent la main (une des actions avançant à l'envers) pour aboutir à une étrange boucle narrative.
Ainsi s'invente une forme de récit déterminée par la répétition du même.
L'histoire racontée, c'est la boucle elle-même...
:)) JS
Commentaires
2004-02-13 20:53:15
C'est vraiment incroyable...
Je viens d'acheter il y a une semaine les dvd de Cunnigham et de Spike Jonze.
Quand je les ai achetés, j'étais sûr que de revoir les clips de Cunningham me faisait davantage plaisir que de revoir ceux de Jonze.
Mais c'était tout à fait le contraire. Le réalisme "fourbu" de Jonze - le meilleur était un court-métrage (je ne suis plus tout à fait sûr s'il s'agissait de "How They Get There") - est tellement plus fort que l'univers délirant - mais finalement assez prévisible - de Cunningham.
2004-02-13 21:07:07
Chez Jonze, pour moi les meilleurs clips était ceux avec:
- Björk
- Christopher Walken
- Sophie Coppola
J'adorais aussi les documentaires qui me rappelait une expo que j'avais vu au Palais de Tokyo... oui c'était Ed Templeton.
C'est expo m'a quand-même impressionée... oui.
2004-02-14 00:34:29
c'est marrant en effet...
je n'ai pas encore vu les dvd de Jonze et Cunnigham mais ça ne saurait tarder...
2004-02-14 00:56:13
Juste un détail.
L'adresse de mon weblog est http://roger.kaywa.ch.
Si tu fais un lien sur .com, cela ne marche pas ou plutôt il y a redirection vers www.kaywa.com.
Bonne nuit
2004-02-16 21:40:56
Hâte que tu regardes les clips réalisés par Cunnigham pour Aphex Twin. Malaisants au possible, ils se fondent non plus sur la boucle ou la répétition, ce que tu analyses finement chez Gondry, mais sur le double. Ce "même" devient éminemment anxiogène. Les clones du chanteur (ou plutôt la tête de ce dernier juchée sur des corps étrangers, ou la chimère revisitée) envahissent tout l'espace filmique, le contaminent. Rien vu d'aussi effrayant depuis longtemps. Cette peur de l'indifférencié est à l'oeuvre aussi dans Le Village des Damnés, en plus du message politique acide, ou bien encore L'Invasion des Profanateurs de Sépulture, versions Siegel en tête.
A bientôt.
Sandrine
A bientôt.
S.
2004-02-16 23:37:52
Justement, je les ai regardé hier; totalement d'accord avec ton analyse du "même"; Je dois reconnaître néanmoins que c'est un univers qui me touche peu : trop esthétisant ; pas assez de mauvais goût, trop lêché, si bien que j'ai parfois l'impression de voir un court métrage de Caro et Jeunet comme "Le Bunker de la dernière rafale"; Je trouve quand même très fort ses clips d'Aphex Twin (le sourire comme impassibilité du "même") et très étrange et touchant son travail sur "All is full of love" de Björk (pour moi son meilleur clip). Ce mélange de matière laiteuse, de porcelaine et de métal crée quelque chose à la fois de très froid et d'incroyablement érotique.
:)) JS
2004-09-05 23:52:37
J'ai enfin acheté le DVD consacré à Gondry et j'ai été surpris car j'appréciais certains clips et je ne savais pas Gondry les avait réalisés.
En tous cas le clip du film dans le film, le clip de Beck est intéressant parce qu'ils sont rare à être ainsi pour être intéressé par un film qu'il est beaucoup moins. Le contenu dans le contenant... ( Beck, Chemical ou Bjork ) image de poupées gigognes ( aie pas sur de l'orthographe ) Bref, à partir d'idée "simple" il réalise quelque chose de très joli.



