12.2.2006

clip, clip, clip (bis)

[ video clip ]
Tandis que Madonna se fiche de nous avec sa dernière chanson (Sorry) et le nouveau clip afférant (qui reprend style et personnages de Hung Up de manière incroyablement paresseuse, sans réussir à donner le sentiment qu'on est devant un truc à épisode), tandis que Madonna se fiche de nous donc, des amateurs entrent dans la cour des grands du clip. Nouvelle vidéo découverte sur You Tube via Tlön (qui lui a été envoyée par le désormais invisible et regretté dénicheur de pépites sur la toile). Il s'agit d'une sorte de clip karaoké réalisé par deux jeunes chinois, "two chinese boys" comme ils se prénomment simplement, dont on peut voir d'autres vidéos réalisées sur le même modèle sur le site.

Celle-ci, c'est leur chef d'oeuvre : là où les autres vidéos sont un peu potaches, parfois assez réussies mais explicitement déterminées par un esprit de déconne, fenkai lvxing (le nom de cette vidéo) est beaucoup plus étrange. On est dans le pastiche joyeux et ironique, et en même temps il y a quelque chose d'incroyablement sérieux, en particulier en ce qui concerne le personnage au premier plan, dont les expressions tragiques singent les mimiques des chanteuses de canto pop, cette façon qu'ont les chanteurs ou chanteuses de love song de se donner de la profondeur (je souffre, je souffre) au moyen d'expressions assez élémentaires. Ce jeu entre le superficiel et le profond, la convention et le sérieux, le jeune homme en joue avec un tel talent qu'il semble louvoyer sans cesse entre la distance et la sincérité, les ricanements intérieurs et l'émotion pure.

Le choix de la chanson (Fen Kai Lu Xing, chanté par Rene Liu) fait beaucoup aussi dans la réussite de ce clip, un collage de canto pop/musique classique/flow rap qui frise l'emphase et le ridicule mais qui est au final assez entêtant, d'une séduction variéteuse et mélancolique très efficace. Les deux garçons ont semble t'il un blog, The Dormitory Boys ("semble", parce que visiblement un doute persiste sur le fait qu'ils en soient les initiateurs).

Un des plus beaux clips que j'ai vu récemment...

par jean-sebastien à 14:18 | Commentaires(8) | Lien permanent

09.2.2006

clip, clip, clip...

[ video clip ]
Pas beaucoup le temps d'écrire ces dernier temps (ni l'envie), mais comme on m'envoie des liens intéressants, je me dis que c'est idiot de ne pas en faire profiter les autres...

Tlön m'a envoyé ce lien, provenant d'un site que je ne connaissais pas, qui a pour nom You Tube et dont la vocation semble être d'héberger des vidéos personnelles (pas à proprement parlé un blog donc). C'est un beau clip amateur, d'après une chanson de Daniel Darc, avec une certaine candeur dans sa façon d'aborder les états mélancoliques. La fille ne filme rien que sa chambre, son intimité, à la manière d'un espace mental et affectif. C'est comme si la chanson de Daniel Darc (La pluie qui tombe) avait été écrite pour le clip, comme si cette chambre lui avait inspiré la chanson tellement la répétition de mêmes motifs et les très légères variations du clip et de la chanson fonctionnent en parfaitre symbiose (d'ailleurs je n'ai pas souvenir du clip original, si tant est qu'il y en ait eu un). C'est assez bouleversant par moments. On peut découvrir les autres vidéo de cette Emilie79 ici (et puis, une fille qui aime Emily The Strange ne peut pas être mauvaise...).

En cliquant sur les autres liens, on tombe aussi sur ce mini clip, très Apichatpong (à la manière de ses courts métrages) dans sa façon à la fois ditsanciée (légère impression de pastiche) et directe, presque naïve de travailler à partir de photos de familles. Il y aussi ce clip là qui m'a fait rire. Ou encore cette vidéo (qui n'est pas un clip) où deux gamines se filment dans une sorte d'hystérie pré-adolescente assez extrême.

A boire et à manger sans doute dans cette pléthore de vidéos (clip ou pas), mais il y a des choses assez intriguantes, dont la candeur est à mes yeux la principale qualité (candeur formelle s'entend)...

Sinon, ça fait quelques temps que je lis avec bonheur la rubrique clip de Stéphane Kahn sur Objectif Cinéma intitulée La Bande du sous-sol, dont la dernière en date est ici. J'aime beaucoup par exemple celle écrite sur Dirty Boots (Sonic Youth) qu'a réalisé Tamra Davis. C'est souvent érudit, avec une façon de remonter à la généalogie des choses, de ne pas en rester uniquement à des questions de forme qui rend ces chroniques assez riches.

Enjoy...

par jean-sebastien à 23:07 | Commentaires(9) | Lien permanent

05.3.2004

tu me regardes ou pas?

[ video clip ]



Vraiment pas mal le dossier que la revue Bref, dans son numéro de printemps 2004 a consacré au clip. Enfin une revue "de cinéma" (comme cette formulation semble bien pompeuse aujourd'hui, presque gravée dans la pierre : mon dieu que ça sent le cimetière...), enfin une revue de cinéma donc, qui s'intéresse sans complexe à des formes ailleurs considérées comme dévoyées.

Michel Chion en particulier, bien connu des spécialistes "de cinéma" pour ses brillants essais théoriques sur le son, est l'auteur d'un texte tonifiant sur l'obsession des matières, textures et autres sensations dans le vidéo clip. Il inscrit celui-ci dans une généalogie qui va de Eisenstein (la scène de l'écrémeuse dans La Ligne générale) aux clips de Gondry (et sa démonstration vaut tout particulièrement pour la période de la fin du muet, période très sensualiste selon lui).

Mais c'est un détail (enfin pas tout à fait un détail) qui a frappé mon esprit, à la lecture de l'excellent entretien donné par Michel Gondry à Stéphane Kahn, pilier de la revue. Ce qu'il remarque, après coup, a pu me paraître l'évidence même, je dois dire que je n'y avait pas prêté attention, sinon superficiellement. Précisément les évidences nous échappent car elles trônent là, juste sous notre nez, à l'instar de la lettre volée d'Edgar Poe. Cette évidence, c'est qu'il y a deux manière de filmer (de cliper?) des chanteurs : soit ils regardent droit dans la caméra, soit ils ne la regardent pas, mais le contrat doit être clair sous peine de rater son clip (du moins est-ce l'avis de Gondry).

Le fait même que la chose soit nommée, a fait remonter en moi un savoir naturel et quotidien (que tout amateur de clip, dans sa pratique spectatorielle, détient forcément même à son corps défendant), mais que je semblais avoir enfoui profondément, où du moins qui n'était pas formulé (un peu à la manière de la maïeutique de Socrate). D'où, à ce moment, la vague impression de découvrir l'eau tiède et, dans le même temps, d'avoir une révélation (mais c'est bien sûr!).

Cette évidence du regard caméra existe par ailleurs très peu au cinéma, sinon dans le cinéma moderne, comme procédé de distanciation (chez Godard par exemple) ou comme procédé subjectif (la caméra que l'acteur regarde est en lieu et place d'un autre acteur, d'un tableau, d'un objet, encore que le regard soit rarement frontal mais toujours un peu décalé). En revanche la télévision, au sens large (j'y inclus tout ce qui relève de la pratique du petit écran) regorge de ces regards là. C'est même un fait : la télévision nous regarde là où le cinéma donne à voir (comme diraient les spécialistes "de cinéma"). Le présentateur du JT nous regarde, les branleurs de Jean-Noël René Clair nous regardent, Kylie Minogue nous regarde, etc.

Pour être plus précis, il faudrait même affirmer que ce partage du regard au sein du clip est, plus généralement, le même à la télévision. Mais alors quoi? Il y aurait d'une part les chanteurs/euses qui nous regardent et se donnent à voir, d'autre part les clips qui "fictionnent" et donc donnent à voir ? La distinction paraît trop simple. Car Kylie Minogue (prenons cet exemple puisqu'on l'a déjà évoqué) dans Come into my World a beau ne pas cesser de nous regarder, les petites fictions qui se déroulent derrière elle n'en existent pas moins. Et même davantage, la fiction que constitue à elle seule la multiplication et répétition du "même" n'en contamine pas moins la chanteuse (j'allais écrire l'actrice).

A bien y réfléchir, j'aime beaucoup qu'on me regarde. Dans sa ronde folle autour de cet improbable carrefour parisien, Kylie Minogue nous invite (à venir dans son monde, décidément un titre et un clip matriciel), nous fait presque du gringue, comme si elle avait conscience de nous. C'est une manière d'être à la fois dans le clip et un peu en dehors, comme si la pop star était le Monsieur Loyal de son univers, à la lisière de l'écran, à peine dans le spectacle (et Gondry alors est obligé de la cloner pour bien l'intégrer à ce spectacle). Par comparaison Björk paraît, dans ses clips, une sorte de créature autiste, esseulée dans son petit monde rêvé.

Un peu comme si l'une m'invitait autant à regarder qu'à entrer dans la danse là où l'autre me proposait de regarder, en vertu d'un principe cinématographique classique.

à suivre...

:-) JS

par jean-sebastien à 23:21 | Commentaires(1) | Lien permanent

25.2.2004

there's something about Kylie

[ video clip ]



Hier, en zappant (curieux comme ce terme semble déjà suranné...) je suis tombé sur MTV qui diffusait un Top des soeurs Minogue. Si la soeurette n'a pas à pâlir devant son aînée (sans pour autant l'égaler), c'est pour l'instant Kylie qui retient mon attention (elle aussi, comme le terme "zapping", est une rescapée des années 80, mais elle s'est nettement mieux adaptée aux années 2000). Elle retient mon attention disais-je, au moins pour ses clips, parmi les plus réussis que la chaîne nous donne à voir en ce moment. Kylie, mélange de manière aguicheuses et d'ingénuité sincère y est une petite chose à l'érotisme jovial, une poupée, un objet de désir souriant et pas bégueule mais curieusement personne ne semble s'intéresser à elle, sinon le spectateur lui-même.

Entourée de danseurs attifés comme des marionnettes fardées, coincée dans les cubes multicolores du sexe par téléphone ou esseulée au milieu d'un parterre de sublimes nageurs : rien n'y fait Kylie semble toujours un peu désolidarisée de la communauté des hommes. Même lorsque ceux-ci la regardent, dansante et lascive, au milieu d'un embouteillage autoroutier, ils se contentent de l'observer depuis l'habitacle de leur voiture. Dans l'univers de Kylie les hommes ne sont définitvement pas drageurs.

Sans doute plus qu'une autre, Kylie incarne cet érotisme de voyeurs distants, à mille lieues d'une Madonna et sa subversion érotico-sexuelle. Cette dernière adore s'amuser à toutes sortes de jeux, joue de la frontière avec le porno chic, organise une course poursuite troublante avec Britney Spears...bref embrasse, court, caresse et se caresse, laisse exulter son corps au delà des limites de la représentation.

Rien de tel chez Kylie. Slow, dans lequel la chanteuse est cernée par les nageurs est éloquent sur ce sujet. D'abord elle ne dévoilera jamais rien de son anatomie, du moins dans les limites ambiguës qu'elle a fixée avec le spectateur. Les garçons eux semblent à deux doigts d'enlever leur slip de bain (certains arrêts sur image en attestent). D'ailleurs ce lieu a plutôt l'air d'un paradis pour gays. Et peut-être même que le clip s'adresse plus aux gays qu'aux hétéros.

Kylie en tout cas ne s'en plaint pas. Univers aseptisé de villes métalliques, cubes où elle s'ébroue littéralement en de multiples call-girl : rien n'incite Kylie à briser les chaînes de son harmonieux dispositif d'inaccessibilité. Madonna est la fille de toutes les transformations, la polymorphe (voir son clip Hollywood et, plus généralement l'ensemble de sa carrière), Kylie se contente de transformer gentiment son image sans trop la bousculer. Madonna l'anarchiste, Kylie la bourgeoise? Elle est au diapason en tout cas, de cette époque mi hot, mi cold, mi progressiste mi réactionnaire. Kylie pourrait finalement bien être la poupée du consensus...

:-) JS

ps : Busby Berkeley, Esther Williams, oui Olivier, oui Sandrine...

par jean-sebastien à 00:25 | Commentaires(4) | Lien permanent

13.2.2004

bouclez/répétez/multipliez

[ video clip ]



Oui, l'image de Split-repeat est bien celle d'un clip de Michel Gondry pour Cibo Matto!
Roger is the winner...

Petite inauguration de la catégorie clip avec un événement dont certains magazines français se sont fait le relais. Un éditeur a en effet eu l'heureuse initiative de regrouper en dvd les clips de Michel Gondry, Chris Cunnigham et Spike Jonze sous un même label. Qu'on se réjouisse ou non de cette "auteurisation" des réalisateurs de clips, cette collection permet en tout cas de dessiner quelques motifs narratifs intéressants.

premier dvd, celui sur Michel Gondry :

clip-récit
Moins passionnants me semblent, à la revoyure, les "classiques" réalisés pour Björk (Human Behavior, Army of Me, Hyperballad, Bachelorette, Joga) comme les clips tentant de raconter une histoire. J'ai le sentiment que dès qu'un clip s'essaie au récit il bute immanquablement sur la question de la durée. Sans doute est-ce ma tournure d'esprit particulière, mais j'ai toujours besoin, au sein d'un récit, d'éprouver la durée quand bien même celle-ci aurait tendance à partir en vrille, à ployer sous l'emballement d'un récit incapable de s'arrêter pour goûter aux joies de la contemplation (spontanément me vient en tête l'extraordinaire Time and Tide de Tsui Hark).

La tension (entre deux éléments de l'action, plusieurs personnages, entre un personnage et son environnement, etc.) est, me semble-t-il, relativement absente des "clips-récit", sans doute à cause d'un déficit d'enjeu autre que l'image elle-même. Contre exemple : le clip pour Everlong des Foo Fighters, qui conte une histoire angoissante de rêves poreux.

bouclez/répétez/multipliez
L'apport le plus fondamental de Gondry néanmoins est celui qui fait de la boucle, la répétition et la multiplication les principes fondateurs d'une nouvelle esthétique du clip, dont le Around the World des Daft Punk serait le slogan idéal. Ici des êtres (nageuses, géants, squelettes) se contentent de danser autour d'une sorte de carrousel en répétant le même motif. On sent bien que s'invente une forme qui épouse le rythme de la chanson. Dans un de ses clips les plus géniaux (Come into my World), Kylie Minogue marche autour d'un carrefour parisien imaginaire et se démultiplie à mesure qu'elle fait un tour supplémentaire, de même que les personnages et actions qui l'entourent. On touche ici à une vision presque théorique du clip qui joue sur la boucle comme les chansons pop sont fondées sur le recommencement incessant du refrain.

A la limite, les paroles n'ont plus aucune importance (si ce n'est cette injonction Come into my World). Le clip n'est plus le petit illustré du thème de la chanson, il est l'avènement visuel d'une pulsation. Dans Star Guitar des Chemical Brothers, Gondry filme la vue d'un train dont les éléments aperçus par la fenêtre se reproduisent et se clones en épousant le rythme répétitif du morceau. Il y a, dans ce clip, tout à la fois la compréhension profonde de la stase techno, l'impression que les choses avancent tout en se répétant, et la transposition éloquente du sentiment qui nous anime lorsque nous regardons à demi pensifs par la fenêtre d'un train, voyant défiler des paysages qui sont autant de non-lieux pour des pensées informelles et fugitives. Gondry fait de même, sur un mode plus ludique avec The Hardest Button to Button des White Stripes où les images s'emboîtent à la perfection sur les rythmes et riffs de guitares.

Quant à Sugar Water de Cibo Matto, l'image scindée en deux (split-screen) autorisent deux actions concomittantes mais dont l'une serait l'envers de l'autre. Le lever et le coucher ici se donnent la main (une des actions avançant à l'envers) pour aboutir à une étrange boucle narrative.

Ainsi s'invente une forme de récit déterminée par la répétition du même.

L'histoire racontée, c'est la boucle elle-même...

:)) JS



par jean-sebastien à 18:57 | Commentaires(7) | Lien permanent

split-repeat

[ video clip ]
split-repeat


d'où vient cette image?


par jean-sebastien à 00:40 | Commentaires(8) | Lien permanent